L’Agence Nationale du Soutien Social (ANSS) a dressé le bilan de son année 2025, marquée par le déploiement à grande échelle du programme des aides sociales directes au Maroc. Selon le rapport d’activité transmis à la Haute appréciation royale, près de 3,9 millions de ménages ont bénéficié du dispositif depuis son lancement en décembre 2023, dont 5,5 millions d’enfants et 1,7 million de personnes âgées.
Porté par les Hautes Orientations Royales relatives à la consolidation de l’État social, le programme s’impose désormais comme l’un des principaux leviers de soutien aux familles vulnérables. Le rapport met en avant une couverture particulièrement forte dans les territoires ruraux, où résident 60 % des bénéficiaires. L’ANSS souligne que cette répartition recoupe largement la carte nationale de la pauvreté multidimensionnelle, signe, selon l’Agence, de l’efficacité du ciblage assuré par le Registre Social Unifié.
Sur le plan financier, l’effort engagé atteint un niveau rarement observé dans les pays en développement. Entre décembre 2023 et fin 2025, les transferts versés aux ménages ont totalisé 51 milliards de dirhams. À lui seul, le programme représente environ 2 % du produit intérieur brut du Royaume, un ratio supérieur aux standards généralement constatés dans les économies comparables.
Au-delà des chiffres, l’ANSS cherche désormais à transformer l’aide sociale en outil d’insertion économique et sociale. L’Agence a lancé sa première représentation territoriale pilote dans la province d’El Jadida afin de rapprocher ses services des bénéficiaires et de renforcer l’accompagnement personnalisé.
Le dispositif repose sur des référents sociaux chargés d’orienter les familles en coordination avec les acteurs locaux. L’objectif affiché est d’étendre progressivement ce modèle à l’échelle nationale pour favoriser une inclusion plus durable des ménages concernés.
Pour mieux adapter ses interventions, l’ANSS a également développé une approche analytique permettant de mieux cerner les réalités sociales des bénéficiaires. Le rapport classe ainsi les ménages en cinq catégories distinctes : les « Foyers émergents », les « Foyers en mue », les « Tandems de vie », les « Nids désertés » et les « Solitaires sans relais ». Cette segmentation doit permettre d’ajuster les politiques d’accompagnement en fonction des besoins spécifiques de chaque profil familial.
L’étude de terrain menée dix-huit mois après le lancement du programme apporte un éclairage supplémentaire sur l’impact des aides sociales directes. Les transferts représentent en moyenne 18 % des revenus des familles bénéficiaires, tandis que 87 % des ménages interrogés affirment avoir ressenti une diminution de leur anxiété financière.
Les attentes exprimées dépassent désormais le simple soutien monétaire. Selon le rapport, 40 % des bénéficiaires souhaitent accéder à un accompagnement vers l’emploi et l’insertion professionnelle. De leur côté, 77 % des familles déclarent vouloir offrir à leurs enfants un niveau d’éducation supérieur, traduisant une aspiration croissante à la mobilité sociale.
Créée par la loi n°59-23, l’Agence Nationale du Soutien Social poursuit parallèlement la structuration de son organisation. L’ANSS affirme avoir déjà engagé 85 % du budget d’investissement prévu pour son lancement, tandis que les frais de gestion représentent moins de 0,8 % des dépenses globales du programme.
À travers ce premier bilan complet, l’Agence entend inscrire les aides sociales directes dans une logique de long terme, mêlant protection sociale, accès à l’emploi et autonomisation économique des ménages les plus fragiles.


