Réunis à Marrakech à l’occasion du 2ᵉ Forum international des procureurs dédié à la lutte contre la traite des êtres humains et le trafic de migrants, les responsables judiciaires venus de plus de soixante pays ont échangé sur l’évolution des réseaux criminels et les moyens de renforcer la coopération internationale. À l’ouverture des travaux, le Procureur général du Roi près la Cour de cassation et président du Ministère public, Hicham Balaoui, a réaffirmé la position du Maroc, qui a fait de la lutte contre la traite des êtres humains un axe stratégique adossé à une politique de protection renforcée des victimes.
Dans son intervention, il a rappelé que le Royaume a progressivement consolidé son arsenal juridique et institutionnel afin de mieux prévenir ces crimes, poursuivre leurs auteurs et accompagner les personnes exploitées. Cette dynamique s’inscrit dans une approche globale qui met l’accent sur la prise en charge des victimes, l’amélioration des dispositifs d’assistance et le renforcement des mécanismes judiciaires spécialisés.
Hicham Balaoui a insisté sur la transformation profonde des modes opératoires des réseaux criminels transnationaux. Selon lui, l’essor des technologies numériques, l’usage croissant de l’intelligence artificielle et le recours aux communications chiffrées ont profondément modifié les stratégies de recrutement et d’exploitation. Ces évolutions imposent, a-t-il souligné, un changement de méthode dans la réponse judiciaire, en dépassant les approches classiques au profit d’un dispositif intégré fondé sur la coopération, l’échange d’informations et l’entraide judiciaire internationale.
Dans ce cadre, le Ministère public marocain a engagé plusieurs chantiers structurants, notamment la création d’un réseau de magistrats spécialisés dans les affaires de traite des êtres humains. À cela s’ajoute le renforcement des compétences des magistrats en matière d’enquête, ainsi que l’édiction de circulaires visant à harmoniser les pratiques judiciaires et à améliorer le traitement des dossiers, tout en garantissant les droits fondamentaux des victimes.
Le parquet général a également développé des outils pratiques destinés à faciliter le travail des magistrats, dont un guide consacré aux indicateurs d’identification des enfants victimes de traite. Un second guide, plus global, est en cours d’élaboration afin d’accompagner les différentes étapes de la procédure judiciaire dans les affaires complexes et de renforcer la protection des victimes tout au long du processus.
Organisé par Office des Nations unies contre la drogue et le crime avec le soutien financier de Union européenne, le forum constitue une plateforme d’échanges de bonnes pratiques et de renforcement de la coopération judiciaire internationale. Les discussions portent sur le démantèlement des réseaux criminels organisés, le suivi des flux financiers illicites et la consolidation des mécanismes de preuve transfrontalière.
Durant trois jours, les procureurs participants examinent également les nouvelles tendances de la criminalité liée à la traite, alimentées par l’utilisation des plateformes numériques et des outils de communication sécurisés. L’accent est mis sur la nécessité de renforcer les enquêtes financières afin de tracer les profits criminels, ainsi que sur la mise en place de dispositifs conjoints d’enquête et de poursuite entre États.
En clôture de son intervention, Hicham Balaoui a souligné que la lutte contre la traite des êtres humains repose désormais sur une action coordonnée et continue, capable de s’adapter à la sophistication des réseaux criminels et de garantir une protection effective des personnes vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.

