Barack Obama et Kamala Harris ont choisi ce jeudi 3 avril pour sortir de leur silence face aux bouleversements engagés par Donald Trump depuis sa réélection. Le retour du milliardaire républicain à la Maison-Blanche, deux mois plus tôt, suscite un malaise croissant chez les figures démocrates, jusqu’ici restées discrètes. Dans des interventions distinctes, l’ancien président et son ex-vice-présidente ont dénoncé une série de décisions politiques qu’ils jugent dangereuses pour la démocratie américaine.
Invité à s’exprimer devant les étudiants du Hamilton College, dans l’État de New York, Barack Obama a pris la parole publiquement pour la première fois depuis longtemps. « J’ai observé ce qui se passe depuis un moment », a-t-il confié. Visiblement inquiet, il a fustigé les nouvelles taxes douanières décrétées par Donald Trump, une guerre commerciale qu’il estime néfaste pour l’économie américaine. Plus encore, il s’est déclaré « profondément préoccupé » par l’attitude de l’administration envers les universités américaines, menacées de perdre leurs subventions si elles ne sanctionnent pas les étudiants impliqués dans les manifestations pro-palestiniennes.
L’ancien président a notamment évoqué les pressions exercées sur des institutions comme Columbia ou Harvard. « Imaginez un seul instant si j’avais fait une chose pareille », a-t-il lancé, en référence à ces atteintes à la liberté d’expression sur les campus. Il a aussi dénoncé les tentatives de l’exécutif de restreindre la liberté des avocats en les intimidant, une dérive qui, selon lui, va à l’encontre du pacte démocratique fondamental des États-Unis.
Kamala Harris, candidate malheureuse à l’élection présidentielle de 2024, s’est également exprimée lors du sommet Leading Women Defined en Californie. « Nous savions que beaucoup de choses allaient se passer », a-t-elle déclaré, avant de souligner l’ambiance délétère qui règne depuis le retour de Donald Trump au pouvoir. Pour elle, « la peur est contagieuse », une peur qui se propage dans les institutions, les entreprises, les universités et jusqu’au sein des médias.
Mais Harris veut croire à une possible résistance. « Le courage est aussi contagieux », a-t-elle lancé, appelant à ne pas céder face aux menaces « clairement inconstitutionnelles » qui s’accumulent. Elle déplore un climat où de nombreuses organisations préfèrent rester silencieuses, face à une administration qui multiplie les gestes autoritaires : licenciements massifs dans la fonction publique, suppression des politiques d’inclusion, intimidations à l’encontre des contre-pouvoirs.
Les déclarations de Barack Obama et Kamala Harris relancent le débat sur la solidité des institutions américaines et sur la capacité de l’opposition démocrate à se mobiliser face à un exécutif de plus en plus contesté. Leur prise de parole marque peut-être un tournant dans le positionnement d’un parti jusque-là paralysé par l’échec électoral et la montée en puissance d’un Trump décidé à redéfinir les règles du jeu politique.