Renault et Nissan franchissent une nouvelle étape dans leur alliance en adoptant une stratégie plus flexible. Le constructeur français prend le contrôle total de l’usine de Chennai en Inde, tandis que Nissan met fin à son engagement financier dans Ampere. Ces ajustements visent à renforcer la compétitivité des deux groupes tout en maintenant leur collaboration sur des projets clés.
La première décision phare concerne l’Inde, marché en plein essor pour l’industrie automobile. Renault rachète les 51 % de parts détenues jusqu’ici par Nissan dans Renault Nissan Automotive India Private Ltd (RNAIPL), lui conférant ainsi une maîtrise totale de cette usine de plus de 400 000 véhicules par an. Cette acquisition, soumise à l’approbation des autorités, marque une volonté claire de Renault de renforcer sa présence industrielle dans ce pays stratégique. Luca de Meo, directeur général de Renault Group, insiste sur le rôle central de l’Inde dans la nouvelle feuille de route du constructeur : un déploiement accéléré d’un écosystème robuste et performant.
Pour autant, Nissan ne se retire pas du marché indien. Le constructeur japonais prévoit de poursuivre ses projets de SUV et de maintenir sa participation à hauteur de 49 % dans le centre de recherche et développement Renault Nissan Technology & Business Centre India (RNTBCI). Ivan Espinosa, président et directeur général de Nissan, affirme que l’Inde restera un pôle clé pour l’innovation et les services numériques de la marque.
Autre changement significatif : Nissan ne contribuera plus financièrement à Ampere, filiale de Renault dédiée aux véhicules électriques. Ce désengagement met un terme à l’accord d’investissement signé en juillet 2023. Néanmoins, la coopération entre les deux marques reste solide, notamment avec le développement par Renault d’un dérivé de la Twingo électrique pour Nissan. Ce modèle, destiné au marché européen, sera produit dès 2026.
Par ailleurs, Renault et Nissan modifient les termes de leur participation croisée. Alors qu’ils détenaient chacun 15 % des actions de l’autre, ils auront désormais la possibilité de réduire leur participation à 10 %, sans obligation immédiate. Cette évolution vise à offrir davantage de souplesse aux deux entreprises tout en maintenant un partenariat stratégique stable. En revanche, les 18,66 % de Nissan encore détenus par Renault via une fiducie française ne seront pas cédés sans concertation préalable.
D’un point de vue financier, Renault assume l’investissement nécessaire pour RNAIPL, avec un impact estimé à 200 millions d’euros sur son flux de trésorerie en 2025. Toutefois, le groupe reste confiant et maintient son objectif d’un free cash-flow annuel supérieur ou égal à 2 milliards d’euros.
Avec ces ajustements, Renault et Nissan entendent tirer le meilleur parti de leur alliance tout en optimisant leur flexibilité stratégique. L’Inde devient un pilier de la croissance de Renault, tandis que Nissan se concentre sur ses priorités industrielles et technologiques.

