Le gouvernement vient de franchir une étape capitale en matière de justice sociale en adoptant un décret mettant fin à l’obligation des 3.240 jours de cotisations pour bénéficier d’une pension de vieillesse de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Désormais, les travailleurs affiliés n’auront plus besoin de cumuler près de treize années de travail déclaré pour avoir droit à une retraite. Ce seuil est désormais fixé à 1.320 jours, soit l’équivalent de cinq années et demi. Une réforme de grande ampleur, attendue depuis des années par les syndicats, qui vise à réparer une injustice structurelle vécue par des milliers de Marocains.
La mesure, défendue par la ministre de l’Économie et des Finances Nadia Fettah, a été adoptée lors du Conseil de gouvernement du jeudi 3 avril. Elle s’inscrit dans le prolongement de l’accord social conclu le 30 avril 2022 entre l’Exécutif et les syndicats les plus représentatifs. Ce décret, numéroté 2.25.265, s’appliquera rétroactivement à partir du 1er janvier 2023. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement administratif mais d’un tournant stratégique dans le chantier de la généralisation de la protection sociale, voulu par le Roi Mohammed VI.
Longtemps, les travailleurs aux carrières discontinues — aides-ménagères, ouvriers agricoles, saisonniers ou journaliers — restaient en marge du système de retraite, faute d’avoir accumulé assez de jours déclarés. En abaissant le seuil à 1.320 jours, le gouvernement leur ouvre enfin l’accès à une pension, avec un barème progressif selon les jours cotisés. Ainsi, les assurés ayant entre 1.320 et 1.704 jours de cotisation percevront 600 dirhams par mois, tandis que ceux disposant d’un cumul allant jusqu’à 3.240 jours pourront toucher jusqu’à 1.000 dirhams. Les cotisants en dessous du nouveau plancher, quant à eux, auront la possibilité de récupérer la totalité des contributions salariales et patronales.
Cette avancée, validée en amont par le Conseil d’administration de la CNSS, constitue un levier décisif pour restaurer la confiance dans le régime contributif. Elle s’accompagne d’une révision du barème des pensions d’invalidité et de vieillesse, et renforce l’égalité de traitement entre assurés. Pour Mustapha Baitas, ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, il s’agit là d’un acte réparateur à destination de « milliers de citoyens longtemps invisibilisés ».
En plus de son impact immédiat, la réforme contribue à ancrer les objectifs nationaux en matière d’inclusion sociale. Le Maroc réaffirme ainsi sa volonté d’élargir la couverture retraite à l’ensemble de ses citoyens, indépendamment de la régularité ou non de leur parcours professionnel. C’est aussi un signal adressé à la population active : le système prend désormais en compte la réalité du marché de l’emploi, marqué par la précarité, l’intermittence et les ruptures de parcours.
Le succès de cette réforme dépendra de sa mise en œuvre effective dans les mois à venir. Il reviendra aux administrations compétentes de recalculer les droits, informer les bénéficiaires et gérer les demandes selon les nouvelles modalités. Un défi de taille qui conditionnera la réussite d’un chantier fondamental dans l’architecture de la future protection sociale universelle.