Le Maroc fait face cette saison à une situation inhabituelle sur le marché de l’oignon. D’après une analyse publiée par EastFruit, le Royaume a importé 21.600 tonnes d’oignons frais entre juillet 2025 et avril 2026, pour une valeur de 9,4 millions de dollars, un niveau jamais atteint jusqu’à présent.
Ces importations représentent un volume huit fois supérieur à celui enregistré lors de la campagne précédente et dépassent de deux fois et demie le précédent record établi durant la saison 2015-2016. Un renversement spectaculaire pour un pays qui s’est longtemps imposé comme l’un des fournisseurs réguliers des marchés ouest-africains.
Le mouvement s’est accéléré au début de l’année 2026. Après des achats limités à environ 500 tonnes en janvier, les importations ont bondi pour dépasser 14.500 tonnes au seul mois d’avril, illustrant l’ampleur des tensions sur le marché intérieur et la diminution rapide des disponibilités locales.
Les fournisseurs européens ont répondu à cette demande croissante. Les Pays-Bas se sont hissés au premier rang avec 60,5 % des volumes importés, devant l’Espagne qui représente 33,3 % des livraisons. La France complète le podium avec 4,8 %, tandis que la Belgique et l’Égypte n’ont fourni que des quantités marginales.
Dans le même temps, les exportations marocaines ont connu un net ralentissement. Entre janvier et avril 2026, elles se sont limitées à 2.700 tonnes, soit un volume inférieur de 7,7 fois aux importations réalisées durant la même période. Le Maroc est ainsi devenu importateur net d’oignons, une configuration déjà observée ponctuellement dans le passé mais jamais avec une telle ampleur.
Selon EastFruit, cette évolution résulte d’une combinaison de facteurs climatiques et économiques. Des conditions météorologiques défavorables ont affecté plusieurs bassins de production stratégiques, notamment à Tamehdit, Fès et Meknès, entraînant une baisse des rendements ainsi qu’une dégradation de la qualité des récoltes.
Malgré ce recul de la production, les exportations d’oignons de meilleure qualité vers les marchés d’Afrique de l’Ouest se sont poursuivies, contribuant à réduire davantage les volumes disponibles sur le marché national.
Les limites des infrastructures de stockage ont également joué un rôle déterminant. Les capacités de conservation et de chaîne du froid se sont révélées insuffisantes pour constituer des réserves capables de couvrir les besoins de la seconde moitié de la campagne. À cela se sont ajoutées d’importantes pertes post-récolte, accentuant encore davantage le déséquilibre entre l’offre et la demande.
Face à cette pénurie, le recours aux importations s’est imposé comme la principale solution pour approvisionner le marché et limiter la flambée des prix. Les fournisseurs européens ont pu répondre rapidement grâce à des volumes disponibles, des prix compétitifs et des circuits logistiques bien établis.
Cette campagne pourrait marquer un tournant pour la filière marocaine de l’oignon. Au-delà des difficultés conjoncturelles, elle remet sur la table les questions liées à la résilience de la production, au stockage agricole et à la sécurisation de l’approvisionnement du marché national face aux aléas climatiques.


