La réforme des modalités de fixation des prix des médicaments suscite une nouvelle confrontation entre les représentants des pharmaciens et le ministère de la Santé et de la Protection sociale. À quelques heures de l’examen du projet de décret modifiant le cadre réglementaire des prix des médicaments en Conseil de gouvernement, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) demande la suspension du processus et la reprise des discussions avec les professionnels du secteur.
Dans une lettre adressée au chef du gouvernement, la Confédération estime que le texte ne devrait pas être adopté avant l’ouverture d’un nouveau cycle de concertations permettant d’intégrer les préoccupations des pharmaciens. L’organisation affirme avoir été surprise par l’inscription du projet de décret à l’ordre du jour du Conseil de gouvernement alors que, selon elle, les échanges menés jusqu’à présent n’ont pas abouti à une véritable démarche participative.
La CSPM rappelle avoir pris part à quatre réunions organisées par le ministère de la Santé et avoir transmis un mémorandum détaillé contenant plusieurs propositions. Les représentants de la profession expliquent avoir cherché un équilibre entre deux objectifs jugés complémentaires : améliorer l’accès des citoyens aux médicaments à des prix plus abordables tout en préservant la viabilité économique du réseau national des pharmacies.
Parmi les mesures défendues par les pharmaciens figurait notamment la mise en place d’un dispositif d’accompagnement destiné à soutenir les officines les plus fragiles et à corriger les déséquilibres apparus après la précédente réforme des prix des médicaments. Selon la Confédération, une nouvelle baisse des prix sans mécanismes compensatoires risquerait d’accentuer les difficultés financières auxquelles sont confrontées de nombreuses pharmacies.
Les syndicats assurent toutefois qu’aucune de leurs propositions n’a été retenue dans la version finale du projet de décret. Le texte transmis au Conseil de gouvernement serait, selon eux, très proche de celui présenté lors de la première réunion de concertation, sans modification majeure concernant les dispositions touchant directement les pharmacies.
Cette situation conduit la Confédération à considérer que les consultations organisées ces derniers mois n’ont pas permis une prise en compte effective des contributions des professionnels. Dans son communiqué publié le 7 juillet, l’organisation va jusqu’à dénoncer une procédure destinée à accompagner une décision déjà arrêtée plutôt qu’à construire une réforme de manière concertée.
Les pharmaciens appuient également leur argumentaire sur la situation économique du secteur. Ils rappellent qu’un rapport publié en 2021 par le Conseil de la concurrence faisait état de difficultés financières touchant une part importante des officines marocaines. Dans ce contexte, ils craignent qu’une réforme adoptée sans consensus n’affaiblisse davantage certaines pharmacies, avec des répercussions possibles sur le maillage pharmaceutique et la continuité de l’accès aux médicaments dans plusieurs régions du pays.
Le climat entre les syndicats de pharmaciens et le ministère n’est pas nouveau. Le secteur a déjà connu plusieurs épisodes de tensions autour des réformes liées à la distribution du médicament et à l’organisation de la profession. En septembre 2025, la Confédération avait notamment organisé un sit-in devant le ministère pour dénoncer ce qu’elle considérait comme des décisions prises de manière unilatérale.
Tout en réaffirmant son soutien au principe d’une révision du système de fixation des prix des médicaments, la CSPM insiste sur la nécessité d’un dialogue institutionnel approfondi afin de concilier les impératifs d’accessibilité des traitements pour les patients et la préservation d’un réseau pharmaceutique économiquement viable.
La Confédération annonce par ailleurs qu’elle restera mobilisée dans les prochaines semaines et qu’elle se réserve le droit de prendre les initiatives qu’elle jugera nécessaires pour défendre les intérêts de la profession. L’issue des discussions dépendra désormais de la décision du Conseil de gouvernement et des éventuelles ouvertures en faveur d’une reprise des négociations entre les différentes parties concernées.


