Les exportations marocaines de fraises fraîches continuent de s’enfoncer, confirmant une crise qui fragilise durablement l’une des principales filières des fruits rouges du Royaume. Selon les dernières données publiées par EastFruit, le Maroc a exporté seulement 8.700 tonnes de fraises fraîches entre octobre 2025 et avril 2026, soit une baisse de 50 % par rapport à la même période de la campagne précédente. Il s’agit de la quatrième saison consécutive de recul et du plus faible volume enregistré depuis la campagne 2020-2021, avec une saison 2025-2026 qui s’annonce comme la plus mauvaise jamais observée pour ce segment.
Cette chute résulte de plusieurs facteurs qui se sont accumulés au fil des dernières années. Sur les marchés internationaux, la concurrence égyptienne s’est fortement intensifiée. Grâce à l’extension rapide de ses superficies cultivées et à des coûts de production plus compétitifs, l’Égypte est parvenue à proposer des fraises à des prix plus attractifs, réduisant progressivement les parts de marché des exportateurs marocains.
À cette pression commerciale s’ajoute un contexte climatique de plus en plus difficile. La culture de la fraise, particulièrement exigeante en eau, subit de plein fouet les effets de la sécheresse qui touche le Maroc depuis plusieurs campagnes agricoles. La baisse du niveau des nappes phréatiques et la salinisation des terres dans plusieurs zones côtières compliquent les conditions de production, tandis que les investissements dans les unités de dessalement de l’eau augmentent sensiblement les coûts supportés par les producteurs.
La filière doit également composer avec une pénurie persistante de main-d’œuvre. Une partie des travailleurs saisonniers choisit désormais de rejoindre l’Espagne, où les rémunérations sont plus élevées. D’autres privilégient les exploitations de framboises ou de myrtilles, considérées comme plus attractives, ce qui accentue les difficultés de recrutement au moment des récoltes.
Les conditions météorologiques de la campagne 2025-2026 ont encore aggravé la situation. Les épisodes de froid, l’humidité et les variations de température ont retardé la maturation des fruits, empêchant les exportateurs marocains de profiter pleinement de la période la plus rémunératrice sur les marchés européens. Au début de l’année 2026, les inondations ayant frappé les régions du Gharb et du Loukkos ont provoqué d’importants dégâts dans les exploitations, détruisant des tunnels de protection et une partie des cultures.
Les conséquences sont visibles sur les principaux marchés d’exportation. Les expéditions vers la France ont reculé de plus de 80 %, tandis que celles destinées au Royaume-Uni et à l’Espagne, premiers clients de la fraise marocaine, ont respectivement diminué de 44 % et 54 %. L’Arabie saoudite fait figure d’exception avec une progression de ses importations, mais les volumes concernés restent insuffisants pour compenser les pertes enregistrées en Europe.
Cette évolution reflète une transformation plus profonde de la filière marocaine des fruits rouges. Face à une rentabilité en baisse, de nombreux producteurs, investisseurs et coopératives réorientent progressivement leurs exploitations vers des cultures jugées plus rémunératrices, notamment les myrtilles, les framboises, les mûres et les avocats, dont la demande continue de progresser sur les marchés internationaux.
La fraise n’a toutefois pas disparu des stratégies d’exportation marocaines. Le segment des produits surgelés IQF conserve une dynamique favorable. En 2025, le Maroc a même réalisé de bonnes performances sur ce marché, notamment vers les États-Unis, profitant du recul des expéditions mexicaines.
Au-delà du repli enregistré cette saison, les chiffres traduisent une reconfiguration durable de la production nationale. Entre changement climatique, concurrence internationale, hausse des coûts et évolution des investissements agricoles, la filière de la fraise fraîche perd progressivement du terrain, tandis que l’industrie marocaine des fruits rouges adapte son modèle pour préserver sa compétitivité sur les marchés mondiaux.


