Étudier en France coûtera bientôt encore plus cher aux étudiants étrangers, et les Marocains figurent parmi les premiers concernés. Depuis le 1er juillet 2026, les étudiants non boursiers originaires de pays hors Union européenne ne peuvent plus bénéficier des aides personnalisées au logement (APL), un dispositif qui permettait jusqu’ici d’alléger le coût du loyer. Cette nouvelle restriction s’ajoute au relèvement des ressources financières exigées pour obtenir un titre de séjour étudiant ainsi qu’à la hausse des frais d’inscription dans les universités françaises prévue pour la rentrée 2026.
Le changement est officiellement entré en vigueur avec le décret n° 2026-552 du 27 juin 2026, publié au Journal officiel. Désormais, seuls les étudiants extra-communautaires remplissant les conditions d’attribution d’une bourse sur critères sociaux pourront prétendre aux APL. Pour la grande majorité des étudiants étrangers non boursiers, cette aide disparaît.
Une exception demeure toutefois. Les étudiants inscrits en alternance ou exerçant une activité salariée pendant leurs études pourront continuer à bénéficier de cette allocation. Selon le ministère français du Logement, une activité professionnelle, même limitée à quelques heures par semaine, suffit à préserver ce droit.
Le gouvernement assume pleinement cette réforme, présentée comme une mesure d’économie budgétaire. Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, estime qu’elle permettra de réduire les dépenses publiques d’environ 200 millions d’euros par an. Face aux accusations de « préférence nationale » formulées par plusieurs organisations étudiantes, il défend une logique de « justice fiscale et financière », assurant que cette décision ne répond pas à des considérations migratoires mais vise à concentrer les aides sur les étudiants répondant aux critères sociaux.
Cette justification est vivement contestée par les syndicats étudiants et les associations engagées dans la lutte contre la précarité. La FAGE, l’UNEF et la Fondation pour le logement dénoncent une mesure qu’elles jugent discriminatoire et redoutent une aggravation des difficultés financières rencontrées par les étudiants étrangers. La Fondation rappelle que seuls environ 2 % des étudiants extra-communautaires remplissent les conditions pour bénéficier d’une bourse sur critères sociaux, ce qui signifie que la quasi-totalité d’entre eux perdra l’accès aux APL.
Pour les étudiants concernés, la disparition de cette aide représente un manque à gagner compris entre 150 et 250 euros par mois. Dans les grandes villes universitaires françaises, où les loyers figurent parmi les dépenses les plus lourdes, cette somme constitue souvent un élément déterminant de l’équilibre budgétaire. Les organisations étudiantes rappellent également que les étudiants étrangers sont déjà davantage exposés à la précarité. Selon les données de l’Observatoire de la vie étudiante, ils étaient, en 2023, trois fois plus nombreux que les étudiants français à recourir à l’aide alimentaire, tandis que les bénéficiaires des aides d’urgence du CROUS comptent une majorité d’étudiants internationaux.
Cette réforme intervient dans un contexte de durcissement progressif des conditions d’accueil des étudiants étrangers en France. Depuis la publication d’un décret en juin dernier, les candidats à un titre de séjour étudiant doivent désormais justifier de ressources mensuelles équivalentes à 47 % du SMIC brut, soit près de 880 euros par mois, contre un seuil fixe de 615 euros auparavant.
À cette exigence financière s’ajoute l’application renforcée des droits d’inscription différenciés dans les universités françaises. À partir de la rentrée universitaire 2026, les étudiants extra-communautaires devront s’acquitter de 2 895 euros par an pour une licence et de 3 941 euros pour un master, contre respectivement 178 euros et 254 euros pour les étudiants français et les ressortissants de l’Union européenne. Cette politique, inscrite dans le plan « Choose France for Higher Education », vise selon les autorités françaises à renforcer l’attractivité et la valeur perçue des diplômes français, tout en rapprochant le modèle français de celui de plusieurs pays anglo-saxons.
Pour le Maroc, ces évolutions revêtent une importance particulière. Avec plus de 42 000 étudiants inscrits dans les établissements français, les Marocains constituent la première communauté étudiante étrangère en France, représentant près de 10 % de l’ensemble des étudiants internationaux. La combinaison de la suppression des APL, du relèvement des ressources exigées et de l’augmentation des frais universitaires pourrait conduire de nombreuses familles à revoir leur budget, repousser un projet d’études ou envisager d’autres destinations à l’étranger.
Ces nouvelles règles marquent un tournant dans la politique française d’accueil des étudiants internationaux. Si le gouvernement met en avant la maîtrise des dépenses publiques et le rééquilibrage du financement de l’enseignement supérieur, les organisations étudiantes craignent, elles, que ces mesures ne réduisent progressivement l’attractivité de la France auprès des talents étrangers, en particulier dans les pays historiquement les plus représentés comme le Maroc.


