Le Maroc se rapproche progressivement de son ambition de devenir un fournisseur stratégique d’énergie propre pour l’Europe. Selon le rapport annuel 2025 du ministère fédéral allemand de l’Économie et de l’Énergie, publié en juillet 2026, plusieurs projets structurants sont désormais à l’étude afin d’ouvrir la voie aux futures exportations marocaines d’hydrogène vert et d’électricité renouvelable vers les marchés européens.
Le document met en avant deux chantiers jugés prioritaires : la création d’un corridor d’hydrogène vert reliant le Maroc aux Pays-Bas et à l’Allemagne, ainsi que le développement d’un cadre permettant les échanges transfrontaliers d’électricité renouvelable entre le Maroc et plusieurs pays européens.
Malgré les avancées enregistrées, Berlin souligne que les premières exportations restent conditionnées à la mise en place d’un ensemble de règles techniques, commerciales et réglementaires, ainsi qu’au déploiement des infrastructures nécessaires pour assurer le transport de l’énergie vers le continent européen.
Un corridor d’hydrogène entre le Maroc et l’Europe occidentale
L’hydrogène vert constitue l’un des principaux axes de coopération entre Rabat et ses partenaires européens. En mai 2025, des représentants marocains, allemands et néerlandais se sont réunis à Rotterdam, en marge du World Hydrogen Summit, afin d’examiner les contours d’un futur corridor énergétique reliant les sites de production marocains aux bassins industriels d’Europe occidentale.
Les discussions ont porté sur l’ensemble de la chaîne de valeur : production, transport, stockage, infrastructures portuaires, investissements et mécanismes de coordination entre les États et les acteurs privés.
Une étude de préfaisabilité réalisée avec l’appui de la Banque mondiale a également évalué la capacité du Maroc à devenir une plateforme régionale de production et d’exportation d’hydrogène vert. Le rôle des ports marocains dans l’acheminement des futures cargaisons vers l’Europe figure parmi les éléments centraux de cette analyse.
Plusieurs institutions ont participé aux échanges, notamment l’Agence marocaine pour l’énergie durable (Masen), l’Agence nationale des ports, l’initiative allemande H2Global ainsi que les ports de Rotterdam et de Duisbourg, appelés à jouer un rôle majeur dans les futurs flux commerciaux d’hydrogène.
À l’issue des discussions, les autorités allemandes et néerlandaises ont réaffirmé leur soutien politique à cette coopération trilatérale, considérée comme un levier important pour la décarbonation de l’industrie européenne.
L’électricité renouvelable au cœur d’un partenariat à cinq pays
Le second projet stratégique concerne la Sustainable Electricity Trade Roadmap (SET), une initiative réunissant le Maroc, l’Espagne, le Portugal, la France et l’Allemagne afin de préparer le commerce d’électricité renouvelable entre les deux rives de la Méditerranée.
L’objectif est double : faciliter l’intégration des énergies renouvelables dans les marchés électriques européens et renforcer la sécurité d’approvisionnement des pays participants grâce à une meilleure interconnexion des réseaux.
Le secrétariat de cette initiative est assuré par Masen, tandis que plusieurs groupes de travail planchent sur les aspects techniques et réglementaires indispensables au lancement de ce marché transfrontalier.
Parmi les dossiers prioritaires figurent la création de garanties d’origine permettant de certifier le caractère renouvelable de l’électricité exportée, la définition des règles d’utilisation des interconnexions électriques ainsi que les mécanismes de partage des capacités et des revenus générés par ces infrastructures.
Des obstacles réglementaires avant les premiers électrons verts
Les responsables allemands insistent toutefois sur le fait que la commercialisation d’électricité verte entre le Maroc et l’Europe ne pourra devenir réalité sans une harmonisation des réglementations et des standards techniques.
La mise en place d’un système internationalement reconnu de certification, l’ouverture transparente des réseaux aux producteurs privés, l’adoption d’incitations économiques attractives ainsi que la conclusion d’un accord spécifique entre le Maroc et l’Union européenne figurent parmi les conditions jugées indispensables.
Lors d’un symposium organisé en juin 2025 à l’Université Mohammed V de Rabat, la ministre de la Transition énergétique, Leïla Benali, avait souligné que l’intégration des marchés électriques devait contribuer à renforcer la sécurité énergétique tout en améliorant la compétitivité des prix de l’électricité.
L’ambassadeur d’Allemagne au Maroc, Robert Dölger, avait lui aussi rappelé qu’aucun commerce transfrontalier d’électricité renouvelable ne pourrait voir le jour sans cadre réglementaire harmonisé, sans standards techniques communs et sans mécanismes fiables de certification de l’origine de l’énergie.
Le Maroc mise sur ses atouts dans les énergies renouvelables
Grâce aux investissements réalisés ces dernières années dans le solaire et l’éolien, le Maroc dispose aujourd’hui de l’un des potentiels les plus importants de la région pour produire une énergie à faible intensité carbone à des coûts compétitifs.
Cette dynamique alimente les ambitions du Royaume, qui cherche à s’imposer non seulement comme producteur d’énergie propre, mais également comme partenaire industriel et futur fournisseur des marchés européens dans le cadre de la transition énergétique continentale.
Le partenariat énergétique maroco-allemand, lancé en 2012, s’inscrit désormais dans cette perspective de long terme. Au-delà des objectifs climatiques, il vise également à renforcer la sécurité énergétique européenne et à favoriser l’émergence de nouvelles chaînes de valeur industrielles autour de l’hydrogène vert et des énergies renouvelables.
Aucune échéance n’a toutefois été fixée pour les premières exportations marocaines d’hydrogène ou d’électricité verte. Les projets demeurent à un stade préparatoire, marqué par les études techniques, la recherche d’investisseurs et la définition des règles commerciales qui encadreront ces futurs échanges énergétiques entre le Maroc et l’Europe.


