Le développement fulgurant de l’intelligence artificielle générative ne menace pas tous les salariés de la même manière. Selon un rapport publié le 20 mai par l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’Institut national de recherche polonais (NASK), les femmes sont jusqu’à trois fois plus exposées que les hommes à la disparition de leurs emplois à cause de l’IA. Une tendance inquiétante, surtout dans les pays à revenu élevé, où les professions administratives, souvent féminisées, figurent parmi les plus vulnérables à l’automatisation.
Le constat est sans appel : 9,6 % des emplois exercés par des femmes sont susceptibles d’être remplacés ou profondément transformés par l’IA générative dans les années à venir, contre seulement 3,5 % pour les hommes. Cette inégalité s’ajoute aux disparités salariales persistantes, avec des écarts de rémunération toujours estimés à 20 % en moyenne à l’échelle mondiale.
Des emplois féminisés en première ligne face à l’automatisation
L’explication tient dans la répartition des métiers : les emplois administratifs et de bureau, comme le secrétariat ou les fonctions de soutien, sont les premiers visés par l’essor des outils d’automatisation. Et ces postes sont largement occupés par des femmes. Le rapport souligne que près de 25 % des emplois dans le monde sont potentiellement concernés par l’automatisation via l’IA générative. Ce taux grimpe à 34 % dans les pays à revenu élevé, là où les technologies numériques sont déjà bien implantées.
Les auteurs précisent toutefois qu’il ne s’agit pas d’une suppression immédiate de ces professions, mais plutôt d’une transformation radicale de leurs missions. Les travailleurs de ces secteurs pourraient voir une partie importante de leurs tâches actuelles confiée à des algorithmes.
Des secteurs entiers en mutation profonde
Outre les fonctions administratives, d’autres domaines figurent dans le viseur de cette mutation technologique. Les industries des médias, de la finance et du développement logiciel présentent également un degré élevé d’exposition à l’IA générative. Si cette technologie est bien utilisée, elle pourrait permettre de libérer du temps pour des tâches à plus forte valeur ajoutée. Mais sans stratégie d’accompagnement, le risque de destruction d’emploi reste bien réel.
Des choix politiques et économiques cruciaux pour l’avenir du travail
Pour Rembrand Koning, enseignant à la Harvard Business School, l’IA générative peut être une opportunité ou une menace, selon la manière dont elle est introduite dans le monde du travail. « Si elle permet aux salariés de se recentrer sur des fonctions mieux rémunérées, cela peut être bénéfique. Mais si elle remplace purement et simplement les métiers les plus fragiles, le risque de fracture sociale est fort », alerte-t-il dans le magazine Fortune.
L’OIT appelle ainsi les gouvernements, syndicats et employeurs à anticiper ces bouleversements. Il s’agit non pas de freiner l’innovation, mais de garantir que son déploiement se traduise par une amélioration des conditions de travail, et non par une marginalisation accrue de certains profils professionnels – en particulier les femmes.


