Les prix du poulet continuent de reculer sur le marché marocain, malgré la haute saison estivale, traditionnellement marquée par une hausse de la consommation liée au retour des Marocains résidant à l’étranger, aux mariages et aux célébrations familiales. Selon les données communiquées par les professionnels du secteur, cette tendance s’explique principalement par une offre largement supérieure à la demande, alimentée par une production record de poussins, le ralentissement des exportations vers l’Afrique de l’Ouest et l’arrivée sur le marché des poules pondeuses en fin de cycle.
Dans plusieurs marchés du Royaume, le prix du kilogramme de poulet est désormais inférieur à 20 dirhams. Sur le marché de gros de Casablanca, les tarifs évoluent entre 11,5 et 12,5 dirhams le kilogramme, des niveaux qui restent inférieurs aux coûts de production supportés par de nombreux éleveurs.
Après la forte demande enregistrée à l’occasion de l’Aïd al-Adha, le marché est aujourd’hui confronté à un important excédent d’offre. Contrairement aux attentes habituelles, la saison estivale n’a pas généré une consommation suffisante pour absorber les volumes disponibles, malgré le retour des Marocains résidant à l’étranger et la tenue des célébrations estivales.
La situation est également liée à une hausse sans précédent de la production de poussins. Celle-ci dépasse désormais les 12 millions d’unités par semaine, alors que la consommation nationale est estimée entre 9 et 10 millions. À cela s’ajoute la suspension des exportations de poussins et d’œufs à couver vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, ce qui a redirigé une partie importante de cette production vers le marché marocain.
Par ailleurs, la baisse des prix des œufs a favorisé la mise sur le marché de nombreuses poules pondeuses en fin de cycle de production, augmentant davantage l’offre de viande de volaille et accentuant la pression sur les prix.
Les professionnels du secteur estiment que cette baisse ne résulte pas d’un changement significatif des habitudes de consommation. Les hypothèses reliant cette évolution à certains régimes alimentaires sont écartées, la principale explication demeurant le déséquilibre entre une production très abondante et une demande insuffisante.
Cette situation suscite également des préoccupations au niveau institutionnel. Un député a interpellé le ministre de l’Agriculture sur les conséquences de l’effondrement des prix du poulet et des œufs pour les éleveurs, notamment les petites et moyennes exploitations. Selon cette démarche parlementaire, la poursuite de la vente à des prix inférieurs aux coûts de production pourrait fragiliser durablement la filière avicole marocaine, réduire les capacités nationales de production et menacer, à terme, la souveraineté alimentaire du Royaume.
Le parlementaire appelle ainsi le ministère à mettre en œuvre des mesures d’urgence pour soutenir les professionnels, préserver la viabilité économique de la filière avicole et mettre en place des mécanismes permettant de mieux réguler les excédents de production tout en garantissant l’approvisionnement du marché national.

