Quelques jours après l’adoption par le Conseil de gouvernement du décret réformant les modalités de fixation des prix des médicaments, la Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc (CSPM) exprime de vives inquiétudes quant aux conséquences économiques du texte sur les officines.
Alors que le gouvernement met en avant une baisse des prix destinée à améliorer l’accès aux traitements et à réduire les dépenses de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), les représentants de la profession estiment que l’équilibre financier des pharmacies a été relégué au second plan.
La réforme prévoit plusieurs changements majeurs, notamment une nouvelle méthode de calcul des prix, une baisse de la majoration appliquée aux médicaments importés, des révisions tarifaires plus fréquentes ainsi qu’une actualisation des prix des médicaments déjà commercialisés. L’objectif affiché par l’exécutif est de rendre les traitements plus accessibles tout en maîtrisant les dépenses de l’AMO et en soutenant l’industrie pharmaceutique nationale.
La CSPM considère toutefois que cette réforme ne répond pas aux préoccupations des pharmaciens d’officine. Selon elle, le décret ne prévoit ni mécanisme de compensation, ni revalorisation de la rémunération des pharmaciens, alors même que les nouvelles baisses de prix pourraient réduire davantage les marges des officines.
L’organisation professionnelle rappelle que les quelque 14 000 pharmacies réparties sur le territoire constituent un maillon essentiel du système de santé. Elle estime que fragiliser leur modèle économique risque, à terme, d’affecter la disponibilité des médicaments et la qualité du service rendu aux patients.
Les syndicats dénoncent également une réforme qu’ils jugent essentiellement orientée vers la maîtrise des dépenses publiques. À leurs yeux, préserver la soutenabilité financière de l’AMO est une nécessité, mais cette ambition ne devrait pas se faire au détriment de la pérennité économique des pharmacies, qu’ils considèrent comme un acteur indispensable de l’accès aux soins.
La Confédération avertit enfin qu’une succession de baisses de prix, sans dispositif d’accompagnement adapté, pourrait mettre en difficulté une partie des officines, déjà confrontées à un contexte économique tendu. Elle appelle ainsi les pouvoirs publics à engager un dialogue afin d’intégrer des mesures permettant de concilier baisse des prix des médicaments, protection du pouvoir d’achat des patients et maintien d’un réseau officinal économiquement viable.
De son côté, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, défend une réforme qu’il présente comme le fruit d’une concertation avec les différents acteurs du secteur pharmaceutique. Selon lui, le nouveau décret vise avant tout à améliorer l’accès des patients aux médicaments, à réduire leur reste à charge et à garantir la soutenabilité financière de l’Assurance maladie obligatoire (AMO), tout en veillant à préserver l’approvisionnement du marché et la pérennité de l’industrie pharmaceutique nationale.

