Une étude danoise publiée dans JAMA Neurology suggère qu’une exposition prolongée au bruit du trafic routier pourrait être associée à un risque accru de développer la maladie de Parkinson. Menée auprès de plus de trois millions de personnes âgées de 40 ans et plus, suivies pendant près de deux décennies, la recherche met également en évidence un élément potentiellement protecteur : disposer d’une façade du logement nettement plus calme pourrait atténuer cette association.
Les chercheurs ont évalué l’exposition au bruit routier au niveau des habitations, en tenant compte à la fois de la façade la plus exposée et de celle qui l’est le moins. Selon leurs résultats, une augmentation d’environ 11 décibels du bruit sur la façade la plus exposée était associée à une hausse d’environ 3 % du risque de maladie de Parkinson. Sur la façade la moins exposée, une augmentation d’environ 9 décibels était, elle aussi, associée à une progression du risque de l’ordre de 4 %.
L’un des résultats les plus marquants concerne toutefois la présence d’un « côté calme » du logement. Lorsqu’une habitation dispose d’une façade où le niveau sonore est inférieur d’au moins 10 décibels à celui de la façade la plus bruyante, cette zone moins exposée semble réduire l’association observée entre le bruit routier et le risque de Parkinson. À l’inverse, les personnes vivant dans des logements exposés au bruit sur l’ensemble de leurs façades pourraient subir une exposition plus constante, notamment pendant la nuit, période particulièrement sensible pour la qualité du sommeil.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs danois ont suivi plus de trois millions d’adultes âgés d’au moins 40 ans, qui ne souffraient pas de la maladie de Parkinson au début de l’étude. Les données ont été recueillies sur une période allant de 2000 à 2017, à partir des registres nationaux danois et d’informations relatives aux lieux de résidence des participants. L’analyse a également pris en compte plusieurs facteurs susceptibles d’influencer les résultats, notamment la pollution atmosphérique, l’accès aux espaces verts et le statut socio-économique. Dans une sous-cohorte, le tabagisme et l’activité physique ont également été considérés.
Les spécialistes qui ont commenté ces résultats soulignent la solidité méthodologique de cette recherche, notamment en raison de la taille exceptionnelle de la population étudiée, de la durée du suivi et de la précision de l’évaluation de l’exposition au bruit. Ana Isabel Rodríguez Pérez, chercheuse au Centre de recherche en médecine moléculaire et maladies chroniques de l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle, estime que l’étude apporte à ce jour des éléments particulièrement robustes sur le lien entre bruit routier et maladie de Parkinson. Elle relève également la cohérence des résultats avec plusieurs mécanismes biologiques susceptibles d’intervenir dans la neurodégénérescence, comme le stress oxydatif, l’activation des cellules microgliales et les perturbations du rythme circadien.
Le bruit chronique pourrait en effet agir indirectement sur la santé cérébrale. Une exposition sonore persistante, en particulier durant les heures de repos, peut perturber le sommeil et fragmenter les cycles nocturnes. Or, le sommeil joue un rôle essentiel dans les mécanismes de récupération et de maintien de l’équilibre cérébral. Les chercheurs et experts évoquent également une activation prolongée du système nerveux sympathique, ainsi que des phénomènes d’inflammation et de stress oxydatif, autant de processus déjà étudiés dans le contexte des maladies neurodégénératives.
La maladie de Parkinson reste toutefois une pathologie complexe dont les causes exactes ne sont pas encore entièrement comprises. La perte progressive de neurones, notamment ceux impliqués dans la production de dopamine, entraîne les principaux troubles caractéristiques de la maladie. Si certains facteurs environnementaux, comme l’exposition à certains pesticides, sont déjà associés au risque de Parkinson, le rôle potentiel du bruit routier constitue une piste de recherche plus récente. Des travaux antérieurs menés aux Pays-Bas et au Canada avaient abouti à des résultats divergents, ce qui explique l’intérêt porté à cette nouvelle étude danoise.
Les chercheurs appellent néanmoins à interpréter les résultats avec prudence. L’étude est observationnelle et permet d’identifier une association, mais pas d’établir que le bruit routier provoque directement la maladie de Parkinson. L’exposition a par ailleurs été estimée à partir du bruit extérieur autour des logements, sans mesurer précisément le niveau sonore réellement perçu à l’intérieur des habitations ni l’exposition des participants sur leur lieu de travail ou dans d’autres environnements. D’autres facteurs individuels, comme certaines pathologies ou habitudes de vie, pourraient également jouer un rôle.
Malgré ces limites, l’ampleur de la population exposée au bruit du trafic donne à ces résultats une portée potentiellement importante en matière de santé publique. Les experts estiment que l’urbanisme pourrait contribuer à réduire cette exposition, notamment grâce à une meilleure organisation des zones résidentielles, à l’installation de barrières antibruit, à la limitation du trafic dans certains quartiers et à la conception de bâtiments offrant des façades ou des espaces de repos moins exposés. La présence d’un environnement résidentiel plus calme pourrait ainsi constituer un levier intéressant à explorer, alors que la recherche sur les facteurs environnementaux modifiables de la maladie de Parkinson se poursuit.

