Près de 30% des décès sur les routes marocaines sont enregistrés pendant la période estivale, une saison marquée par une forte hausse des déplacements et du trafic automobile. Face à ce risque accru, l’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) renforce ses actions de contrôle et de sensibilisation et appelle les usagers de la route à adopter des comportements plus prudents tout au long de leurs trajets.
L’été constitue chaque année une période particulièrement sensible pour la sécurité routière au Maroc. Les départs en vacances, le retour des Marocains résidant à l’étranger et l’augmentation progressive du nombre de véhicules en circulation entraînent une pression supplémentaire sur les principaux axes routiers. Les déplacements vers les villes côtières, les stations balnéaires et les destinations touristiques contribuent également à concentrer le trafic sur certains itinéraires.
Pour Abdessadek Maafa, directeur du pôle Communication, Éducation et Prévention routière de la NARSA, cette période représente un défi majeur en raison de l’intensification de la mobilité. La circulation devient particulièrement dense sur les routes reliant les grandes agglomérations aux destinations touristiques, avec pour conséquence une exposition plus importante aux accidents.
La vitesse excessive demeure au cœur des préoccupations. Selon la NARSA, elle intervient dans près d’un accident mortel sur deux et constitue l’un des principaux facteurs aggravant la gravité des collisions. Sur les longues distances, d’autres comportements peuvent également accroître les risques, notamment la fatigue au volant, le non-respect des distances de sécurité, la surcharge des véhicules ou encore un entretien insuffisant.
Les usagers des deux-roues motorisés figurent parmi les catégories les plus vulnérables. Ils représentent près de 45% des personnes tuées dans les accidents de la circulation au Maroc. Les piétons restent également fortement exposés, en particulier dans les zones urbaines où la circulation est devenue de plus en plus dense.
La mortalité routière ne concerne d’ailleurs plus uniquement les grands axes interurbains. Près de la moitié des décès liés aux accidents de la circulation sont désormais enregistrés en milieu urbain. Cette évolution pousse les autorités à renforcer leur vigilance dans les villes, mais aussi à adapter leurs interventions aux flux particuliers observés durant la saison estivale.
Pour cibler ses actions, la NARSA s’appuie notamment sur une cartographie nationale établie à partir des données d’accidentalité enregistrées en 2023, 2024 et 2025. Plusieurs grandes agglomérations apparaissent comme des zones particulièrement exposées pendant l’été, parmi lesquelles Casablanca, Marrakech, Tanger, Rabat, Fès, Agadir-Ida Outanane, Kénitra, Tétouan, Oujda-Angad, El Jadida et Inezgane-Aït Melloul.
Ces territoires concentrent à eux seuls 55,84% des personnes tuées et 61,47% des blessés graves recensés en milieu urbain. À l’échelle régionale, les zones de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, Marrakech-Safi, Fès-Meknès, Souss-Massa, Béni Mellal-Khénifra, l’Oriental et Drâa-Tafilalet, ainsi que les régions du Sud, figurent également parmi les espaces concernés par une forte accidentalité.
La saison estivale modifie cependant les habitudes de circulation. L’affluence se déplace vers les littoraux, les sites touristiques et les grands itinéraires empruntés par les Marocains résidant à l’étranger. Cette évolution oblige les services concernés à concentrer davantage les opérations de contrôle sur les axes identifiés comme les plus accidentogènes.
Dans ce cadre, la NARSA a renforcé son dispositif estival en coordination avec les différents intervenants de la sécurité routière. Les données issues de sa cartographie ont notamment été partagées avec la Direction générale de la sûreté nationale et la Gendarmerie Royale afin de faciliter le ciblage des contrôles, notamment en matière de respect des limitations de vitesse.
En parallèle, l’agence mène une campagne nationale de sensibilisation sous le slogan «Notre sécurité ne prend pas de vacances», accompagnée du hashtag #نوصلو_على_خير. Le message est diffusé à travers plusieurs canaux, notamment les panneaux installés sur les grands axes routiers, les émissions radiophoniques et les plateformes numériques. L’objectif est d’intervenir avant le départ, mais aussi de rappeler les règles de prudence aux conducteurs déjà engagés sur la route.
La prévention passe également par des gestes simples avant et pendant le voyage. La NARSA recommande aux automobilistes de contrôler l’état de leur véhicule avant de prendre la route, en accordant une attention particulière aux pneus, au système de freinage, à l’éclairage et aux différents niveaux de fluides. Le chargement doit rester conforme aux capacités du véhicule et le conducteur doit s’assurer d’être suffisamment reposé avant de commencer un long trajet.
Une fois sur la route, le respect des limitations de vitesse, l’adaptation de l’allure aux conditions de circulation et le maintien d’une distance de sécurité suffisante restent essentiels. La NARSA préconise également des pauses régulières, idéalement toutes les deux heures, afin de limiter les effets de la fatigue et de la somnolence.
Le port de la ceinture de sécurité demeure obligatoire pour tous les occupants du véhicule, y compris ceux installés à l’arrière. Les enfants doivent, pour leur part, être transportés dans des dispositifs de retenue adaptés à leur âge et à leur morphologie. Les conducteurs de motos et autres deux-roues motorisés sont également invités à porter systématiquement un casque homologué et à respecter les règles de circulation.
Au-delà du bilan de la saison estivale, la NARSA inscrit ces mesures dans une démarche de long terme. La Stratégie nationale de sécurité routière 2026-2030 vise notamment à réduire de 50% le nombre de personnes tuées et de blessés graves sur les routes à l’horizon 2030, conformément aux objectifs internationaux fixés dans ce domaine.
À la fin de l’été, l’agence prévoit d’évaluer l’efficacité du dispositif déployé, en examinant notamment l’évolution de l’accidentalité et des comportements des usagers. Pour les autorités, l’enjeu dépasse ainsi la seule période des vacances : il s’agit de faire évoluer durablement les habitudes de conduite afin de réduire le nombre de victimes sur les routes marocaines.


