On parle souvent de Casablanca comme d’une ville qui court. Une ville qui klaxonne, construit, négocie, produit. Une métropole qui regarde vers demain sans toujours prendre le temps de s’arrêter.
Puis arrive Jazzablanca.
Pendant quelques jours, la capitale économique change de cadence. Les embouteillages sont toujours là, les rendez-vous aussi, mais les soirées prennent une autre couleur. On vient pour un concert et on finit par en découvrir trois. On traverse Anfa Park pour voir une tête d’affiche et l’on repart avec le nom d’un artiste inconnu enregistré dans son téléphone. C’est sans doute cela, la vraie réussite de Jazzablanca depuis bientôt vingt ans : avoir réussi à créer un rendez-vous populaire sans jamais céder à la facilité.
Pour sa 19e édition, programmée du 2 au 11 juillet, le festival confirme cette identité bâtie au fil des années. Celle d’un événement capable de réunir des légendes internationales, des artistes émergents, des passionnés de jazz, des amateurs de pop, des curieux et même ceux qui, au fond, ne savent pas très bien ce qu’ils viennent écouter.
Cette année, cinquante concerts sont annoncés sur trois scènes. Une partie de la programmation investira Anfa Park tandis que le Parc de la Ligue Arabe accueillera pour la première fois une série de concerts gratuits. Une évolution loin d’être anodine. Elle traduit une volonté d’ouvrir davantage le festival à la ville et de replacer la musique au cœur de l’espace public.
Parmi les temps forts annoncés figure évidemment la venue de Ms. Lauryn Hill. L’artiste américaine, dont l’influence dépasse largement le hip-hop et le R&B, partagera l’affiche avec Wyclef Jean, YG Marley et Zion Marley le 10 juillet. Un rendez-vous qui devrait attirer plusieurs générations de spectateurs.
Le lendemain, Jessie J prendra possession de la scène pour la clôture du festival, entourée notamment de Jorja Smith, Madison McFerrin et Hind Ennaira dans une soirée largement portée par des voix féminines aux univers très différents.
Mais réduire Jazzablanca à ses têtes d’affiche serait passer à côté de ce qui fait son ADN.
L’une des attractions les plus attendues sera la première apparition marocaine de Faouzia. Née à Casablanca avant de construire sa carrière à l’international, la chanteuse maroco-canadienne viendra enfin se produire dans sa ville natale. Un retour qui possède forcément une dimension particulière.
Le festival accueillera également le Nigérian Oxlade, la Jordano-Palestinienne Zeyne, le Franco-Algérien Danyl, le collectif INO Casablanca ou encore les Cubains de Gente de Zona. Une programmation qui ressemble davantage à une carte du monde qu’à une simple affiche de festival.
Dans un autre registre, le public retrouvera les performances énergiques du collectif français Deluxe, la puissance des cuivres de MEUTE, la rencontre prometteuse entre Hypnotic Brass Ensemble et Mehdi Nassouli ainsi que les légendaires Scorpions, preuve que Jazzablanca continue d’assumer un éclectisme devenu sa signature.
L’autre bonne surprise de cette édition se trouve du côté du Parc de la Ligue Arabe. Chaque soir dès 18 heures, des concerts gratuits feront dialoguer gnaoua, jazz contemporain, soul, musique amazighe et expérimentations sonores. Asmaa Hamzaoui, Sarah Mazigh, Majid Bekkas, Kel Dades ou encore Nashwa figurent parmi les artistes invités.
À l’heure où de nombreux festivals cherchent à grossir toujours davantage, Jazzablanca semble avoir choisi une autre voie : celle de la diversité et de la curiosité. Le festival n’a jamais été un événement réservé aux puristes du jazz. Il est devenu un espace de rencontres musicales où l’on vient autant pour retrouver un artiste que pour en découvrir un autre.
Et c’est peut-être ce qui explique sa longévité. Dans une époque où les algorithmes nous enferment souvent dans les mêmes playlists, Jazzablanca continue d’offrir ce plaisir devenu rare : celui de la surprise.

