Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) franchissent une étape décisive dans la connaissance des habitudes alimentaires au Maroc avec le lancement de la Table marocaine de composition des aliments (TMCA). Présenté mardi à Salé, ce référentiel scientifique national recense la composition nutritionnelle de 1.001 aliments consommés au Royaume, analysés à travers 43 constituants nutritionnels, afin d’offrir aux pouvoirs publics, aux chercheurs et aux professionnels de santé une base de données adaptée aux réalités alimentaires marocaines.
Conçue dans le cadre d’un partenariat entre le HCP et la FAO, la TMCA répond à un besoin de longue date : disposer d’un outil national capable de mesurer avec précision les apports énergétiques et nutritionnels des aliments consommés au Maroc. Jusqu’à présent, les analyses s’appuyaient largement sur des tables étrangères, souvent peu représentatives des spécificités du patrimoine culinaire national. Désormais, les produits de base côtoient les plats emblématiques de la gastronomie marocaine dans une base harmonisée conforme aux normes internationales.
Lors de la cérémonie de présentation, le secrétaire général du HCP, Ayache Khellaf, a qualifié la TMCA de véritable bien public national. Selon lui, cet outil met à disposition des décideurs, des chercheurs et des professionnels de santé un référentiel fiable et harmonisé permettant d’améliorer la compréhension des pratiques alimentaires et d’appuyer les politiques publiques sur des données scientifiques solides.
Il a également rappelé que la nutrition occupe aujourd’hui une place centrale dans la réalisation des Objectifs de développement durable. Au-delà de son impact sur la santé des populations, elle influence directement le développement économique, la réduction des inégalités sociales et territoriales ainsi que la qualité de vie des citoyens.
Même constat du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation. Son secrétaire général, Noureddine El Haloui, a souligné que la connaissance précise de la composition nutritionnelle des aliments constitue un levier essentiel face aux mutations des systèmes alimentaires et à la progression des maladies non transmissibles.
Il estime que cette nouvelle table représente une véritable infrastructure scientifique nationale au service de la recherche universitaire. Les données qu’elle rassemble permettront notamment de renforcer les travaux en santé publique, sécurité sanitaire, biotechnologie ou encore en intelligence artificielle appliquée à la nutrition. L’abandon progressif des référentiels étrangers au profit d’une base spécifiquement marocaine contribuera également à améliorer la qualité des formations dispensées dans les universités du Royaume.
Pour le ministère de la Santé et de la Protection sociale, cet outil répond à une nécessité opérationnelle. Son directeur de la Population, Abdelhakim Yahyane, a rappelé que les équipes médicales constatent quotidiennement les conséquences des déséquilibres nutritionnels sur l’état de santé de la population. Des données locales fiables deviennent ainsi indispensables pour concevoir, suivre et évaluer les programmes de prévention et de prise en charge.
La FAO inscrit également cette initiative dans une vision de long terme. Son représentant assistant chargé du programme, Abdelhak Laiti, a rappelé que la nutrition constitue l’un des quatre piliers de la stratégie 2022-2031 de l’organisation, aux côtés de l’amélioration de la production agricole, de l’environnement et des conditions de vie. Une telle ambition repose nécessairement sur une connaissance précise de la composition réelle des aliments consommés.
Sur le plan méthodologique, la Table marocaine de composition des aliments a été élaborée conformément à la classification COICOP utilisée dans l’Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages (ENNVM 2025-2026) ainsi qu’aux standards internationaux FAO/INFOODS. Elle permet de convertir les quantités déclarées lors des enquêtes de consommation en apports énergétiques et nutritionnels fiables, offrant ainsi un outil d’analyse plus précis des habitudes alimentaires des Marocains.
La couverture de cette base de données a connu une évolution significative, passant de 388 à 1.001 aliments, dont plus de 50 recettes traditionnelles marocaines. Chaque aliment est décrit selon sa valeur énergétique, sa teneur en protéines, lipides, glucides, vitamines, fibres, minéraux et autres constituants nutritionnels. Parmi les plats référencés figurent notamment la harira, la rfissa, le couscous aux sept légumes, le zaalouk ou encore le tajine de viande aux olives.
Au-delà de son intérêt scientifique, la TMCA constitue un outil stratégique pour mieux analyser la consommation alimentaire, mesurer la pauvreté nutritionnelle, identifier les risques de carences ou d’excès alimentaires et comprendre les disparités entre régions, catégories sociales ou milieux urbains et ruraux. Elle servira également de support aux travaux du HCP, des ministères concernés et des institutions de recherche, tout en étant régulièrement actualisée afin d’accompagner l’évolution des habitudes alimentaires au Maroc.

