L’Europe pourrait bientôt ouvrir un nouveau chapitre des boissons végétales. Après le succès mondial du lait d’avoine, la recherche se tourne désormais vers le lait de pois, une alternative présentée comme plus nutritive et plus durable. À l’origine de cette avancée figure la biotechnologiste gréco-suédoise Angeliki Triantafyllou, lauréate du Prix de l’inventeur européen 2026 dans la catégorie Industrie, récompensée pour ses travaux pionniers sur les procédés enzymatiques appliqués aux boissons végétales.
Cette distinction salue un parcours qui a profondément transformé le marché des substituts au lait. Cofondatrice d’Oatly et responsable de la recherche de l’entreprise pendant plus de deux décennies, Angeliki Triantafyllou a mis au point un procédé enzymatique breveté qui a amélioré la texture, la couleur, le goût et les qualités nutritionnelles des boissons à base d’avoine. Cette innovation a également permis d’obtenir une mousse stable, ouvrant la voie à leur utilisation dans les cafés et les boissons à base d’espresso, un élément décisif dans leur démocratisation.
L’histoire de cette invention remonte au début des années 1990 à l’Université de Lund, en Suède, où la chercheuse préparait son doctorat en biotechnologie. À l’époque, les travaux visaient à développer une alternative destinée aux personnes souffrant d’intolérance au lactose tout en valorisant les sous-produits de l’avoine. Une problématique loin d’être marginale puisque près de 65 % de la population mondiale présente un certain degré de difficulté à digérer le lactose.
Aujourd’hui à la tête de Cerealiq AB, Angeliki Triantafyllou poursuit ses recherches avec un nouvel objectif : développer un lait de pois capable de conserver l’ensemble des qualités nutritionnelles de la légumineuse. Contrairement aux procédés actuels, qui utilisent principalement des protéines isolées, la technologie développée par son équipe exploite le pois dans son intégralité grâce à un traitement enzymatique.
Selon la scientifique, cette méthode permet de préserver les protéines, les fibres et les autres nutriments naturellement présents dans le pois, tout en limitant les transformations industrielles. Elle souligne également que ce procédé réduit l’impact environnemental de la production et répond à la nécessité de concevoir des aliments offrant une réelle valeur nutritionnelle plutôt que de suivre les effets de mode.
Pour Angeliki Triantafyllou, l’avenir des boissons végétales ne repose pas sur la multiplication des produits alternatifs, mais sur leur qualité. Elle estime que les nouvelles matières premières doivent être sélectionnées pour leurs bénéfices nutritionnels et leur contribution à une agriculture plus durable, citant indirectement certaines boissons végétales devenues populaires sans présenter un profil nutritionnel comparable.
Cette orientation répond à un défi de plus en plus pressant. La production de lait de vache demeure l’une des activités agricoles les plus exigeantes en terres, en eau et en alimentation animale, tout en générant d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Dans le même temps, la croissance démographique mondiale impose de repenser les systèmes alimentaires afin de nourrir plusieurs milliards de personnes supplémentaires avec des ressources naturelles plus limitées.
Les légumineuses comme le pois apparaissent ainsi comme une piste prometteuse. Riches en protéines de qualité, elles nécessitent généralement moins d’eau et de ressources que les productions animales. L’avoine, de son côté, apporte des bêta-glucanes et des fibres alimentaires dont la consommation reste insuffisante dans de nombreux pays.
La chercheuse insiste toutefois sur un point : les aliments d’origine végétale n’ont pas vocation à remplacer totalement les produits animaux. Ils constituent plutôt un complément destiné à diversifier les sources de protéines et à renforcer la résilience des systèmes alimentaires face aux défis climatiques et démographiques.
En récompensant Angeliki Triantafyllou, le Prix de l’inventeur européen 2026 met en lumière le rôle stratégique de la recherche en biotechnologie alimentaire. Ses travaux illustrent la manière dont l’innovation scientifique peut contribuer à développer des aliments plus durables, sans faire de compromis sur la qualité nutritionnelle ni sur les attentes des consommateurs.

