Le ministère de l’Économie et des Finances a publié la 21ᵉ édition du Rapport sur le Budget axé sur les Résultats tenant compte de l’aspect Genre (RBG), élaboré dans le cadre de la Loi de Finances 2026. Ce document dresse un état des lieux de l’intégration de la dimension genre dans les politiques publiques et les budgets de l’État, tout en identifiant les principaux défis liés à la réduction des inégalités entre les femmes et les hommes.
Cette édition intervient dans un contexte marqué par les transformations démographiques révélées par le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) 2024. Le rapport met en avant deux priorités : développer une économie des soins capable de soutenir l’emploi féminin et poursuivre l’ancrage de la budgétisation sensible au genre dans les départements ministériels.
Une transition démographique qui redéfinit les politiques publiques
Le rapport souligne que le Maroc connaît une baisse de la fécondité, une diminution de la taille des ménages et une accélération du vieillissement de la population. Ces évolutions modifient les équilibres familiaux et augmentent les besoins en matière de prise en charge des enfants et des personnes âgées.
Selon le document, cette évolution pèse particulièrement sur les femmes, qui assurent encore l’essentiel du travail domestique et des soins non rémunérés. Plus de 63 % des femmes inactives déclarent que la garde des enfants et les tâches ménagères constituent la principale raison de leur éloignement du marché du travail. Leur taux d’activité est ainsi passé de 30,4 % en 1999 à 19,1 % en 2024.
L’économie des soins, un moteur potentiel pour l’emploi féminin
Face à cette réalité, le Rapport Budget Genre 2026 présente l’économie des soins comme un secteur stratégique pour stimuler la croissance tout en réduisant les inégalités.
Cette économie regroupe l’ensemble des activités liées à la prise en charge des enfants, des personnes âgées, des personnes en situation de handicap ou encore des malades. Les analyses citées dans le rapport montrent que les investissements dans ce secteur génèrent des retombées économiques importantes et favorisent l’accès des femmes à l’emploi rémunéré.
Deux axes sont particulièrement mis en avant : la généralisation du préscolaire et le développement de la Silver économie.
La généralisation du préscolaire comme levier d’autonomisation
Le Programme national de généralisation et de développement du préscolaire poursuit son déploiement avec un objectif de couverture complète des enfants âgés de 4 et 5 ans à l’horizon 2027-2028.
Le taux national de préscolarisation a atteint 78,7 % durant l’année scolaire 2023-2024, tandis que celui des filles s’élève à 79,7 %. Le secteur reste fortement féminisé, puisque près de 91 % des éducateurs sont des femmes.
Les projections réalisées par le ministère de l’Économie et des Finances en partenariat avec ONU Femmes indiquent que la généralisation du préscolaire pourrait créer près de 51.900 emplois, dont environ 90 % bénéficieraient aux femmes, tout en facilitant leur maintien sur le marché du travail.
Silver économie : un marché en forte croissance
Le rapport consacre également une large place à la Silver économie, présentée comme une réponse aux besoins croissants d’une population vieillissante.
Le développement de services adaptés aux personnes âgées, notamment dans les domaines de la santé, de l’habitat, de la mobilité, de l’assistance à domicile et des technologies, pourrait créer de nouvelles opportunités économiques et entrepreneuriales, en particulier pour les femmes.
Les projections du ministère estiment que ce secteur pourrait progresser de près de 7 % par an jusqu’en 2050. Les dépenses des seniors dépasseraient alors 640 milliards de dirhams, représentant environ 13 % du PIB, contre 53 milliards de dirhams en 2014. Cette dynamique pourrait contribuer chaque année à hauteur de 0,6 point de PIB supplémentaire, soit près de 18 milliards de dirhams de valeur ajoutée.
Une budgétisation sensible au genre davantage intégrée
Au-delà des enjeux économiques, le Rapport Budget Genre 2026 mesure les progrès réalisés par les ministères dans l’intégration de l’égalité femmes-hommes dans leurs politiques et leurs budgets.
Le document rappelle que la Budgétisation Sensible au Genre (BSG), engagée au Maroc depuis 2002 et institutionnalisée par la Loi organique relative à la Loi de Finances de 2015, consiste à intégrer les besoins spécifiques des femmes et des hommes dans toutes les étapes de la programmation budgétaire, depuis la définition des objectifs jusqu’à l’évaluation des résultats.
L’analyse menée sur les projets de performance de 36 départements ministériels fait apparaître une progression du nombre d’objectifs sensibles au genre. En 2025, 117 objectifs et 177 indicateurs prenaient en compte cette dimension, confirmant une intégration croissante de cette approche dans les politiques publiques.
Des ministères engagés dans une démarche d’amélioration continue
Le rapport met également en avant les initiatives conduites par plusieurs départements ministériels.
Des analyses sectorielles ont notamment été réalisées ou lancées dans les secteurs de la justice, de l’habitat, du transport rural, de l’agriculture ou encore des affaires étrangères afin d’identifier les inégalités persistantes et de mieux adapter les politiques publiques.
Le Plan Gouvernemental pour l’Égalité (PGE III) 2023-2026 constitue l’un des principaux cadres d’action. Il s’articule autour de trois priorités : l’autonomisation économique et le leadership des femmes, la prévention des violences ainsi que la promotion des droits et la lutte contre les discriminations.
Un outil d’aide à la décision publique
À travers cette nouvelle édition, le Rapport Budget Genre confirme son rôle d’outil d’évaluation et de pilotage des politiques publiques. Il met en évidence les effets des mutations démographiques sur les besoins sociaux, identifie les secteurs porteurs d’emplois féminins et encourage une meilleure prise en compte de l’égalité dans la programmation budgétaire.
L’objectif affiché est de faire de la budgétisation sensible au genre un levier permanent d’efficacité de l’action publique, tout en accompagnant les ambitions du Maroc en matière d’État social, de croissance inclusive et de réduction des inégalités entre les femmes et les hommes.

