L’Agence internationale de l’énergie (AIE) revoit nettement ses perspectives pour le marché pétrolier mondial. Dans son rapport mensuel publié ce vendredi, l’organisation prévoit une baisse de la consommation mondiale de pétrole de 1 million de barils par jour en 2026, une première depuis la crise sanitaire de 2020. Cette révision intervient dans un contexte marqué par les conséquences du conflit entre les États-Unis et l’Iran, qui a profondément perturbé les exportations du Golfe, en particulier via le détroit d’Ormuz, l’un des principaux points de passage du commerce mondial des hydrocarbures.
Selon l’AIE, le ralentissement de la demande reflète l’impact économique des tensions géopolitiques sur les échanges internationaux et sur plusieurs secteurs fortement dépendants des produits pétroliers. Les économies asiatiques, grandes importatrices d’énergie, figurent parmi les plus touchées, tout comme l’industrie pétrochimique, qui utilise massivement le naphta et le gaz de pétrole liquéfié (GPL), deux produits dont les chaînes d’approvisionnement transitent largement par le détroit d’Ormuz.
Cette contraction reste toutefois sans commune mesure avec celle observée en 2020, lorsque les confinements liés à la pandémie avaient provoqué un effondrement historique de la consommation mondiale de près de 8 millions de barils par jour. L’AIE souligne néanmoins que la baisse attendue cette année illustre l’ampleur des perturbations engendrées par les restrictions sur le trafic maritime dans le Golfe.
Sur les marchés, les prix du pétrole demeurent relativement contenus malgré les tensions. Le Brent, référence internationale, évoluait autour de 76 dollars le baril, soit environ 6 % au-dessus de son niveau précédant les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran lancées fin février, mais loin des sommets proches de 120 dollars atteints au plus fort des hostilités. Le pétrole américain WTI s’échangeait, pour sa part, autour de 72 dollars le baril.
L’offre mondiale a néanmoins montré des signes d’amélioration en juin. La production a progressé de 4,1 millions de barils par jour pour atteindre 98,8 millions de barils quotidiens, portée par la réouverture partielle du détroit d’Ormuz qui a permis aux producteurs du Golfe de remettre en service une partie de leurs capacités. Malgré ce rebond, la production reste inférieure de 9,4 millions de barils par jour à son niveau d’avant-guerre.
Les exportations des pays du Golfe ont également repris, atteignant 16,1 millions de barils par jour grâce au réacheminement d’une partie des cargaisons. Avant le déclenchement du conflit, elles s’établissaient en moyenne à près de 24 millions de barils quotidiens.
Les stocks mondiaux de pétrole ont enregistré leur première hausse depuis le début des frappes contre l’Iran. Cette progression met fin à plusieurs mois de prélèvements massifs sur les réserves, même si les stocks des économies avancées continuent de diminuer, les importateurs restant prudents face aux incertitudes géopolitiques.
Les prévisions de l’AIE reposent toutefois sur une hypothèse désormais fragilisée : celle d’un retour progressif à la normale dans le détroit d’Ormuz. Dans ce scénario, la production mondiale reculerait de 3,7 millions de barils par jour en 2026, laissant un déficit d’environ 860 000 barils quotidiens entre l’offre et la demande, avant un fort rebond de la production l’année suivante qui pourrait ramener le marché vers une situation d’excédent.
L’agence estime que l’augmentation de la production dans d’autres régions du monde, combinée à une demande plus faible que prévu avant le conflit, pourrait permettre une reconstitution progressive des réserves si les tensions s’apaisent.
Mais cette perspective apparaît de plus en plus incertaine. Les récents affrontements ont ravivé les inquiétudes après la remise en cause de la trêve observée le mois dernier. À la suite d’attaques iraniennes contre plusieurs navires commerciaux, les États-Unis ont lancé une vaste série de frappes visant des installations militaires iraniennes et ont révoqué l’autorisation permettant les exportations de pétrole iranien. En réponse, Téhéran a multiplié les attaques de drones et de missiles contre des positions américaines dans le Golfe et affirme désormais contrôler les conditions de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Les données de la société Kpler montrent déjà un net ralentissement du trafic pétrolier. Mercredi, seulement 13 pétroliers ont franchi le détroit, contre une moyenne de 33 navires par jour une semaine plus tôt, un indicateur qui témoigne de la persistance des risques pesant sur l’approvisionnement énergétique mondial.

