Les premiers essais cliniques de traitements antiviraux contre Ebola ont officiellement débuté en République démocratique du Congo (RDC), une étape majeure dans la lutte contre une épidémie provoquée par la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun médicament ni vaccin homologué n’est actuellement disponible. Soutenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), cette initiative vise à évaluer l’efficacité de deux traitements expérimentaux afin de réduire la mortalité liée au virus.
L’inscription des premiers patients a commencé jeudi, ouvrant une nouvelle phase de la réponse sanitaire dans un pays confronté à une recrudescence des infections. Les chercheurs évaluent deux antiviraux, le MBP-134 et le remdesivir, qui seront administrés séparément ou en association afin de déterminer leur capacité à améliorer les chances de survie des malades.
Depuis le début de cette flambée épidémique, près de 1 500 cas confirmés ont été recensés en RDC. Plus de 430 personnes ont perdu la vie, tandis qu’environ 210 patients sont parvenus à guérir. Ce bilan illustre la gravité de cette épidémie et renforce l’urgence de disposer de traitements validés scientifiquement contre la souche Bundibugyo, réputée particulièrement agressive.
Le principal foyer de l’épidémie se situe dans la province de l’Ituri, qui concentre plus de neuf cas sur dix et la grande majorité des décès enregistrés. Frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, cette région demeure au cœur de la surveillance sanitaire. Le virus circule également dans les provinces voisines du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, même si cette dernière n’a signalé aucun nouveau cas confirmé depuis le 26 mai.
Les autorités sanitaires restent également vigilantes face au risque de propagation vers d’autres centres urbains. À Kisangani, une femme enceinte de 24 ans décédée a été testée positive au virus après que son corps eut été transporté clandestinement depuis la zone de santé de Nia Nia, en Ituri. Cet épisode rappelle les difficultés auxquelles les équipes médicales sont confrontées pour assurer le respect des mesures de prévention et limiter la transmission de la maladie.
Les participants aux essais cliniques feront l’objet d’un suivi médical d’au moins un mois afin d’évaluer la sécurité et l’efficacité des traitements. Les données recueillies pourraient permettre d’établir les premiers protocoles thérapeutiques validés contre cette souche d’Ebola et orienter la prise en charge des futurs patients.
« Nous pourrions sauver de nombreux individus avec des médicaments sûrs », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, saluant une avancée déterminante pour la recherche médicale. De son côté, le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, estime que ces essais représentent une étape significative dans la lutte contre le virus et ouvrent la voie à des traitements susceptibles de réduire durablement le nombre de décès.
Le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou décédée. Au cours des cinquante dernières années, il a causé plus de 15 000 décès en Afrique. La République démocratique du Congo a déjà connu plusieurs flambées majeures, dont celle de 2018 à 2020, la plus meurtrière de son histoire récente, avec près de 2 300 morts sur environ 3 500 cas recensés.
Les résultats de ces essais cliniques sont désormais très attendus par la communauté scientifique et les autorités sanitaires. Ils pourraient marquer un tournant dans la lutte contre Ebola en offrant, pour la première fois, des preuves solides de l’efficacité de traitements contre la souche Bundibugyo et renforcer les capacités de réponse face aux futures épidémies.


