Le programme d’aide directe au logement franchit un nouveau cap au Maroc. Au 7 mai 2026, plus de 101.500 ménages ont bénéficié de ce dispositif lancé par l’État pour faciliter l’accès à la propriété aux revenus modestes et intermédiaires. Présenté devant la Chambre des conseillers par Adib Benbrahim, ce bilan confirme la montée en puissance d’un mécanisme devenu central dans la politique nationale de l’habitat.
Depuis son lancement en 2024, le programme a enregistré près de 263.000 demandes déposées par plus de 214.000 citoyens. Parmi elles, environ 193.000 ont été jugées éligibles. Les chiffres communiqués montrent que 60 % des bénéficiaires appartiennent à la classe moyenne, tandis que les ménages à revenus modestes représentent les 40 % restants.
Le dispositif attire également un public relativement jeune. Plus de la moitié des bénéficiaires ont moins de 40 ans, traduisant une forte demande des primo-accédants confrontés à la hausse des prix du logement et aux difficultés d’accès au financement. Les femmes représentent, de leur côté, 47 % des bénéficiaires, un niveau rarement atteint dans les transactions immobilières au Maroc. Les Marocains résidant à l’étranger constituent quant à eux près d’un quart des acquéreurs.
Le programme repose sur un changement majeur de stratégie publique. Contrairement à l’ancien modèle centré sur les promoteurs immobiliers, l’aide est désormais versée directement aux citoyens. Les acquéreurs peuvent ainsi choisir librement le logement correspondant à leurs besoins et à leurs capacités financières.
Cette réforme s’appuie sur une plateforme numérique dédiée permettant de vérifier l’éligibilité à partir du numéro de la carte nationale d’identité. Les attestations sont délivrées en quelques jours et les procédures liées aux promesses de vente suivent des délais encadrés, avec l’objectif de réduire les lenteurs administratives et d’améliorer la transparence du processus.
Sur le plan économique, l’impact commence à se faire sentir sur le marché immobilier marocain. La valeur totale des logements acquis dans le cadre du programme dépasse désormais 41 milliards de dirhams. L’État a mobilisé près de 8 milliards de dirhams sous forme d’aides directes, soit environ 20 % de la valeur globale des acquisitions.
Le nombre de logements soutenus par l’État est passé de 93.000 à 99.000 unités entre 2024 et 2025, enregistrant une progression de 6,7 %. Dans un contexte marqué par la pression sur l’offre immobilière, notamment dans les grandes villes, cette dynamique est perçue comme un levier de relance pour le secteur de la construction et pour l’ensemble des activités liées à l’habitat.
Lors de son intervention, Adib Benbrahim a également détaillé plusieurs chantiers législatifs et territoriaux liés au logement et à l’urbanisme. Le projet de loi modifiant la réglementation sur les lotissements immobiliers prévoit notamment d’allonger les délais de réalisation des projets. Fixés auparavant à trois ans, ils pourraient désormais atteindre quinze ans selon la taille des opérations. Le texte introduit aussi des mécanismes de suspension des délais en cas d’arrêt involontaire des travaux ainsi qu’un renforcement des obligations en matière d’équipements publics au sein des lotissements.
Le gouvernement poursuit également son programme consacré aux centres ruraux émergents. Une première phase couvrant 24 centres entre 2026 et 2028 mobilise plus de 1,1 milliard de dirhams d’investissement public. Une seconde tranche, portant également sur 24 centres supplémentaires, doit bénéficier à près de 290.000 habitants.
Parallèlement, les autorités mettent en avant les résultats de la simplification des autorisations de construire en milieu rural. Le nombre de douars couverts par un cadre réglementaire est passé de 975 à 3.824 depuis la réforme engagée en 2023. Cette extension permet à des centaines de milliers d’habitants supplémentaires d’accéder à des procédures légales de construction et de régularisation.
À travers ce programme d’aide directe au logement, le gouvernement cherche désormais à conjuguer accès à la propriété, soutien au pouvoir d’achat et relance du secteur immobilier. Un équilibre encore fragile, mais qui s’impose progressivement comme l’un des principaux axes de la politique de l’habitat au Maroc.


