La diffusion massive des médicaments anti-obésité de type agonistes du GLP-1, tels que Wegovy et Ozempic, suscite désormais un intérêt qui dépasse largement le champ médical.
Une étude américaine publiée dans la revue Criminology avance une piste inattendue : ces traitements pourraient être associés à une atténuation de certains comportements impulsifs, traditionnellement liés aux conduites violentes, avec des implications possibles sur les dynamiques de criminalité.
Les chercheurs Daniel Semenza et Christopher Thomas, affiliés à Rutgers University, se sont appuyés sur une enquête menée auprès de 821 adultes aux États-Unis. Leurs résultats montrent que les liens habituellement observés entre consommation d’alcool, impulsivité et comportements violents apparaissent plus faibles chez les utilisateurs actuels d’agonistes du GLP-1 que chez les anciens utilisateurs. Même sous l’effet de l’alcool, les épisodes impulsifs semblent moins susceptibles de dégénérer en actes violents chez ces personnes. Les auteurs insistent toutefois sur la prudence : il s’agit de données déclaratives, issues d’un échantillon limité, et aucune relation de causalité directe ne peut être établie.
Initialement développés pour le traitement du diabète de type 2, les agonistes du GLP-1 se sont imposés ces dernières années comme des solutions majeures dans la prise en charge de l’obésité. Leur mécanisme repose sur la mimétique d’une hormone naturellement produite par l’organisme, qui régule la glycémie, ralentit la vidange gastrique et diminue l’appétit. Cette action métabolique s’accompagne, selon plusieurs travaux récents, d’un effet sur les circuits cérébraux de la récompense, impliqués dans la motivation, les dépendances et certaines formes de prise de décision impulsive.
C’est précisément sur ce terrain que les chercheurs explorent désormais des effets secondaires comportementaux. Les données suggèrent que ces médicaments pourraient atténuer certaines compulsions, non seulement alimentaires, mais également liées à la consommation d’alcool, aux drogues ou à d’autres comportements addictifs comme le jeu. En réduisant la sensibilité aux stimuli de récompense, ils pourraient indirectement modifier des facteurs associés à l’agressivité et aux passages à l’acte impulsifs.
Pour les auteurs de l’étude, ces observations ouvrent une question de santé publique plus large : celle de l’impact potentiel, à grande échelle, de traitements largement diffusés sur les comportements sociaux. Ils rappellent néanmoins que ces résultats ne doivent en aucun cas être interprétés comme un outil de contrôle du comportement humain, ni détourner l’attention des politiques traditionnelles de prévention de la violence.
Si ces hypothèses se confirment dans des travaux futurs, elles pourraient enrichir la compréhension des liens entre biologie, dépendances et comportements sociaux. Mais à ce stade, la prudence scientifique demeure la règle, les mécanismes observés restant encore partiellement élucidés et les preuves insuffisantes pour tirer des conclusions définitives sur un effet réel au niveau de la criminalité.

