La faim reste un défi majeur à l’échelle mondiale, malgré une amélioration de la situation depuis le pic enregistré après la crise sanitaire. Selon les dernières données de la FAO, environ 645 millions de personnes ont souffert de la faim l’an dernier, soit 7,8 % de la population mondiale. L’Afrique demeure la région la plus exposée, avec près d’une personne sur cinq confrontée à la sous-alimentation.
Cette évolution marque un recul par rapport à 2022, année durant laquelle quelque 688 millions de personnes étaient touchées par la faim dans le monde. La situation s’est donc progressivement améliorée, mais elle reste plus dégradée qu’avant la pandémie de Covid-19. La reprise économique enregistrée ces dernières années n’a pas permis à toutes les populations de retrouver un accès régulier à une alimentation suffisante.
Les perspectives pour les prochaines années restent par ailleurs préoccupantes. Les projections des Nations unies tablent sur 510 à 520 millions de personnes encore sous-alimentées à l’horizon 2030. Plus de la moitié d’entre elles pourraient vivre en Afrique, confirmant le déplacement progressif du principal foyer de la faim mondiale vers le continent.
Selon David Laborde, directeur de la division économie agroalimentaire de la FAO, plusieurs pays asiatiques ont réussi à réduire considérablement la faim grâce à des politiques publiques et à des investissements importants dans leurs systèmes alimentaires. La Chine a notamment connu une nette amélioration de sa situation au cours des dernières décennies, tandis que l’Inde poursuit ses efforts pour faire reculer la sous-alimentation. En Afrique, les progrès restent plus fragiles face à la multiplication des crises.
Les conflits armés figurent parmi les principales causes de cette vulnérabilité. Au Soudan, dans la région du Sahel ou encore en République démocratique du Congo, les violences empêchent de nombreuses populations d’accéder à leurs terres agricoles ou de maintenir leurs sources de revenus. Cette situation fragilise les moyens de subsistance et complique l’approvisionnement alimentaire des communautés déjà vulnérables.
À ces crises s’ajoutent les effets de plus en plus visibles des dérèglements climatiques. Les épisodes météorologiques extrêmes affectent les récoltes et menacent directement les populations qui dépendent de l’agriculture. La FAO surveille notamment les conséquences potentielles d’El Niño sur les productions agricoles en Inde, en Afrique et dans le « corridor sec » d’Amérique du Sud, trois zones particulièrement exposées aux risques d’insécurité alimentaire.
La question ne se limite toutefois pas au nombre de personnes souffrant directement de la faim. Quelque 2,1 milliards d’individus, soit 25,8 % de la population mondiale, seraient confrontés à une insécurité alimentaire modérée ou sévère. Dans ces situations, les personnes peuvent disposer d’un apport calorique suffisant, mais leurs repas restent irréguliers, peu diversifiés ou de qualité nutritionnelle insuffisante.
Le coût de l’alimentation constitue également un obstacle majeur. Près de 2,69 milliards de personnes dans le monde ne seraient pas en mesure de s’offrir une alimentation saine, alors que le prix de ce type de régime alimentaire a progressé d’environ 25 % en cinq ans. La hausse des prix touche particulièrement les ménages les plus pauvres, qui consacrent une part importante de leurs revenus aux produits alimentaires.
Les conséquences nutritionnelles se manifestent aussi chez les enfants. Environ 150 millions d’enfants de moins de cinq ans souffraient d’un retard de croissance en 2024, contre près de 180 millions en 2012. Dans le même temps, une autre tendance progresse à l’échelle mondiale : l’obésité chez les adultes. Elle concernait 16,2 % de la population adulte en 2024 et pourrait atteindre 18,6 % en 2030.
La FAO estime que les progrès réalisés pourraient être fragilisés par de nouveaux chocs. Les tensions et les conflits au Moyen-Orient risquent notamment d’avoir des répercussions sur les marchés de l’énergie et des engrais, avec des conséquences indirectes sur les coûts de production agricole. Les effets de ces hausses restent pour l’instant contenus dans certaines régions, mais les économies les plus vulnérables disposent de marges de manœuvre limitées pour absorber de nouvelles crises.
Face à ces risques, la FAO et le Programme alimentaire mondial ont appelé à une mobilisation préventive afin de protéger plusieurs millions de personnes menacées par les conséquences des événements climatiques. Pour les pays les plus fragiles, l’aide internationale et les financements destinés à soutenir l’agriculture peuvent jouer un rôle décisif, notamment lorsque les crises qu’ils subissent sont liées à des événements extérieurs qu’ils ne peuvent maîtriser.
La baisse récente du nombre de personnes souffrant de la faim offre ainsi un signe d’espoir, mais elle reste fragile. Entre conflits, changement climatique, hausse du coût de l’alimentation et inégalités économiques, la lutte contre la faim mondiale demeure un défi majeur, particulièrement en Afrique, où se concentrera une part croissante des populations sous-alimentées au cours des prochaines années.


