La guerre au Moyen-Orient commence à produire ses effets bien au-delà des zones de combats. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a alerté vendredi sur une aggravation rapide de l’insécurité alimentaire mondiale, alimentée par la flambée des prix de l’énergie, les perturbations du commerce maritime et le recul des financements humanitaires. Selon l’agence des Nations unies, près de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans une situation de faim aiguë si le conflit se prolonge et si les cours du pétrole restent durablement élevés.
Le scénario redouté depuis plusieurs mois prend désormais forme. Après les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran et la reprise des tensions autour du détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce mondial des hydrocarbures, les prix du carburant et des denrées alimentaires connaissent une nouvelle poussée. Riz, blé et produits de première nécessité deviennent plus difficiles d’accès dans plusieurs pays dépendants des importations.
Pour Jean-Martin Bauer, directeur du service d’analyse de la sécurité alimentaire du PAM, la fermeture du détroit d’Ormuz se répercute directement sur le coût de la vie et sur la capacité des populations les plus fragiles à se nourrir. L’organisation onusienne estime que les conséquences économiques de cette crise rappellent celles observées en 2022 après l’invasion russe de l’Ukraine, lorsque l’explosion des prix de l’énergie et des céréales avait plongé des millions de ménages dans la précarité.
La situation inquiète particulièrement dans des pays déjà fragilisés par les conflits, la sécheresse ou une forte dépendance aux importations alimentaires. En Somalie, près de 60 % des ménages pourraient ne plus être en mesure de couvrir leurs besoins essentiels en 2026, contre 47 % l’année précédente. Le PAM estime également qu’environ 6,5 millions de Somaliens seront confrontés à une grave crise alimentaire. Les stocks de produits nutritifs destinés aux enfants souffrant de malnutrition modérée risquent par ailleurs d’être épuisés dès le mois de juillet.
L’Afghanistan figure lui aussi parmi les pays les plus exposés. Selon le PAM, jusqu’à 17,4 millions de personnes pourraient être touchées par une insécurité alimentaire aiguë. La hausse du prix du carburant a considérablement alourdi les coûts du transport humanitaire. Les délais d’acheminement de l’aide sont passés de dix à soixante-quinze jours, les convois étant contraints d’emprunter des itinéraires alternatifs plus longs et plus coûteux.
Les difficultés logistiques s’accumulent également sur les routes maritimes. Des navires évitent désormais certaines zones de l’océan Indien, compliquant les livraisons vers plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Le PAM signale aussi le blocage de stocks humanitaires dans le port de Salalah, à Oman. À cela s’ajoute la hausse du prix du kérosène, qui affecte lourdement les opérations du Service aérien humanitaire des Nations unies, souvent seul moyen d’atteindre les régions isolées ou dangereuses.
Cette dégradation intervient alors que les agences humanitaires traversent une crise de financement majeure. Faute de ressources suffisantes, le Programme alimentaire mondial prévoit déjà de réduire le nombre de bénéficiaires de son aide. L’organisation affirme qu’en 2026, 1,5 million de personnes de moins recevront une assistance alimentaire par rapport aux prévisions initiales. Si le conflit au Moyen-Orient devait se poursuivre pendant encore six mois, plus de neuf millions de personnes pourraient perdre totalement l’accès à l’aide humanitaire.
Au-delà des chiffres, l’ONU redoute désormais un effet domino mondial. Entre hausse du pétrole, inflation alimentaire et recul des capacités humanitaires, la crise au Moyen-Orient menace d’alimenter une nouvelle vague de pauvreté et de faim dans les régions les plus vulnérables de la planète.


