Le Festival des Musiques Sacrées du Monde de Fès a été marqué, mercredi soir, par un moment suspendu au jardin Jnan Sbil. Dans ce havre de verdure niché au cœur de la médina, l’ensemble vocal suisse Zenaida a transporté le public à l’époque de la Renaissance grâce à un concert a cappella d’une rare intensité, dédié aux polyphonies franco-flamandes du XVe et XVIe siècles.
Composé de huit chanteurs issus du cursus d’excellence AVES de la Schola Cantorum Basiliensis à Bâle, Zenaida s’est distingué par une interprétation d’une précision millimétrée, sans direction visible, autour d’un unique pupitre central. Tous lisaient sur une grande partition en fac-similé, reproduction fidèle des manuscrits anciens. Cette approche rigoureuse, exigeant mémoire parfaite, écoute profonde et synchronisation subtile, permet une immersion sonore fidèle aux conditions d’exécution de l’époque.
Le programme, centré sur des figures majeures comme Josquin Desprez, Pierre de la Rue et Jean Mouton, a dévoilé une sélection d’œuvres religieuses : messes, motets, credo, et même une chanson en néerlandais, « Mijn hert altijt ». Chaque pièce semblait dialoguer avec le cadre naturel de Jnan Sbil, où les voix n’étaient portées que par l’acoustique du lieu, sans artifice ni amplification.
La performance de Zenaida, jeune ensemble à l’ambition affirmée, a été saluée tant pour sa maîtrise technique que pour la profondeur émotionnelle de son interprétation. Leur répertoire, pourtant ancien, a révélé toute sa modernité dans cette exécution pure et dépouillée. Une démarche saluée également par Valentin Zellweger, ambassadeur de Suisse au Maroc, qui a souligné l’excellence et l’unicité de la Schola Cantorum Basiliensis, ainsi que l’importance de la présence suisse dans ce rendez-vous spirituel et musical mondial.
Né de la synergie d’étudiants venus de divers horizons, Zenaida explore avec exigence et passion les trésors oubliés de la musique ancienne. Après des projets consacrés aux lamentations bibliques ou à la cour florentine des Médicis, l’ensemble confirme, à Fès, son engagement dans la redécouverte d’un patrimoine sonore d’une richesse inestimable.
Dans le silence contemplatif de Jnan Sbil, les voix de Zenaida ont dessiné une dentelle sonore d’une finesse presque fragile, réaffirmant la place centrale de la musique sacrée dans le dialogue interculturel et la quête de beauté intemporelle. Une prestation qui s’inscrit déjà comme l’un des moments forts de cette 28e édition du Festival de Fès.


