Ibtissam Lachgar
La Cour d’appel de Rabat a rendu son verdict mercredi soir à l’encontre d’Ibtissam Lachgar. La militante féministe, cofondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (MALI), a écopé de trente mois de prison ferme assortis d’une amende de 50.000 dirhams. Elle était poursuivie pour une affaire liée à la diffusion d’une photo jugée attentatoire à la religion musulmane.
Lors des débats, la défense de Lachgar a insisté sur le fait que l’image au centre de la polémique avait été prise à Londres, au cours d’un rassemblement féministe, et non au Maroc. Sur ce cliché, l’activiste portait un t-shirt comportant un slogan considéré comme offensant par ses détracteurs. Devant les juges, elle a affirmé que le message ne visait pas la foi musulmane mais « une idéologie patriarcale qui opprime les femmes ». Elle a également rappelé qu’elle n’avait pas elle-même remis en ligne la photo au Maroc, mais qu’elle avait été repartagée par d’autres utilisateurs, entraînant une vague d’hostilité et de menaces de mort.
Lachgar a par ailleurs défendu la référence à l’homosexualité contenue dans sa publication, expliquant qu’il s’agissait d’un message inclusif et non d’une provocation.
Un procès sous tension
Le parquet a requis l’application stricte du Code pénal, plaidant le refus de toute mesure de clémence. La semaine dernière, la demande de mise en liberté provisoire déposée par la défense a été rejetée par le tribunal. Ses avocats avaient invoqué des raisons médicales, soulignant qu’elle souffre d’un cancer nécessitant une intervention urgente afin d’éviter une amputation partielle de son bras.
Selon Me Naïma El Gallaf, membre du collectif de défense, l’état de santé de la militante est « alarmant », et son maintien en détention « compromet sérieusement ses chances de guérison ». Malgré ces arguments, le parquet a estimé que le cadre légal ne permettait pas une remise en liberté.
Conditions de détention critiquées
Les soutiens de la militante dénoncent également ses conditions de détention. Placée à l’isolement et privée de sortie collective, elle vivrait une situation qualifiée d’« inhumaine » par ses proches, qui réclament une prise en charge médicale adaptée.
Au-delà de son cas personnel, ce procès relance la discussion autour de la liberté d’expression et des limites fixées par le droit marocain, où la Constitution garantit les libertés fondamentales mais où le Code pénal continue de sanctionner sévèrement toute atteinte perçue à la religion ou aux bonnes mœurs.
Un appel annoncé
L’équipe de défense, conduite par plusieurs avocats dont Me Mohamed Khattab, a d’ores et déjà annoncé son intention d’interjeter appel. L’avocat s’est dit préoccupé non seulement par la santé physique de sa cliente, mais aussi par son état psychologique après plusieurs semaines passées à la prison d’El Arjat.
Il a indiqué qu’une nouvelle demande sera formulée en s’appuyant sur la loi relative aux peines alternatives, afin d’obtenir une révision de la sanction et de permettre à Lachgar d’accéder aux soins dont elle a besoin.

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