Le gouvernement marocain franchit un nouveau cap dans sa politique de protection de l’enfance. Naima Ben Yahya, ministre de la Solidarité, de l’Inclusion sociale et de la Famille, a dévoilé mardi à la Chambre des conseillers les contours d’un ambitieux plan visant à renforcer l’accompagnement des enfants en situation de vulnérabilité. Ce projet, fondé sur une approche territoriale et intégrée, prévoit la généralisation des centres d’accompagnement à travers l’ensemble des provinces du Royaume, avec pour objectif un suivi renforcé, depuis l’identification des situations à risque jusqu’à la réinsertion sociale.
À la clé, un système d’information intégré en cours de développement, destiné à assurer un suivi rigoureux et continu des enfants concernés. L’enjeu n’est pas uniquement technique : il s’agit d’un changement profond dans la manière dont les différents intervenants — services sociaux, hôpitaux, forces de l’ordre, associations — collaborent. Les structures territoriales seront ainsi mieux coordonnées, appuyées par des équipes spécialisées capables d’intervenir efficacement sur le terrain.
Les premiers résultats de cette nouvelle stratégie sont déjà visibles. Depuis le début de l’année 2024, quelque 1400 enfants vivant dans la rue ont pu être réintégrés grâce aux efforts conjoints de l’Entraide Nationale, des associations partenaires et du service mobile d’aide sociale d’urgence, actif dans plusieurs grandes villes. Durant le premier semestre 2025, environ 1099 enfants supplémentaires ont bénéficié de ces services mobiles. Par ailleurs, 259 enfants ont été orientés vers des programmes de formation professionnelle, tandis que 585 autres ont pu retrouver le chemin de l’école après une période de décrochage.
Actuellement, le pays compte 43 unités de protection de l’enfance, implantées grâce à des partenariats associatifs et financées à hauteur de plus de 11 millions de dirhams. Ce maillage sera renforcé avec la création de 20 nouvelles unités en 2024, et dix de plus d’ici 2025. Ces centres d’accueil offriront non seulement une prise en charge immédiate, mais aussi un accompagnement adapté au parcours de chaque enfant, avec un accent particulier sur le soutien psychologique face aux traumatismes vécus.
Ce dispositif ne s’arrête pas à l’assistance directe. Il s’inscrit dans une réforme en profondeur du cadre juridique et institutionnel entourant la protection de l’enfance. Des textes de loi organiques sont en préparation afin d’unifier les procédures et renforcer les droits des enfants hébergés dans les structures sociales. L’évaluation du premier programme national dédié à la protection de l’enfance a souligné de réelles avancées : amélioration de la coordination entre institutions, montée en puissance des unités de protection au sein des tribunaux, des hôpitaux et des forces de sécurité, et implication croissante du tissu associatif.
Cependant, les défis persistent. L’absence d’un système intégré dans certaines régions fragilise l’impact des dispositifs existants. Le morcellement des interventions entre différents acteurs, souvent sans coordination, nuit à l’efficacité globale. C’est dans cette optique que le ministère planche déjà sur un second programme national, prévu pour 2026. Il aura pour vocation de mettre au cœur de l’action publique les droits et intérêts supérieurs de l’enfant, conformément aux orientations royales, à la Constitution, ainsi qu’aux recommandations internationales, notamment celles du Comité des droits de l’enfant.
Ce futur programme fera la part belle à la prévention. L’idée est claire : anticiper les situations de violence, d’abandon ou de marginalisation, et garantir une justice territoriale en matière d’accès aux services. Il sera aussi question de promouvoir des dispositifs novateurs prenant en compte les différentes étapes de la croissance de l’enfant, en valorisant le développement personnel, l’éducation informelle et l’accès aux loisirs.
Avec cette feuille de route, le Maroc confirme sa volonté d’asseoir une politique de l’enfance fondée sur la dignité, la réinsertion et la prévention. Une ambition à la hauteur des défis humains et sociaux que représente la protection des enfants les plus vulnérables du Royaume.

