Première victoire, premières pistes. Pour sa deuxième sortie sur le banc, Mohamed Ouahbi a vu son Maroc s’imposer face au Paraguay 2-1 à Bollaert. Une soirée utile, parfois brouillonne, souvent instructive, dont voici les principaux enseignements.
Sans être totalement maîtrisé, ce succès face au Paraguay 2-1 a permis au Maroc de lancer l’ère Mohamed Ouahbi avec un premier résultat positif. Entre confirmations, jeunesse décomplexée et zones d’ombre persistantes, cette rencontre a surtout offert une base de lecture. Voici les enseignements d’un match gagné, trois mois avant le Mondial, pour le début d’un nouveau cycle.
Une idée de jeu qui s’installe… doucement
Deux matchs, deux fois le même schéma. Mohamed Ouahbi ne tergiverse pas : il installe ses principes, quitte à accepter les imperfections. Comme face à l’Équateur, le Maroc a monopolisé le ballon, installé son bloc haut, et tenté de contrôler le tempo.
Le problème, c’est que contrôler ne veut pas forcément dire déséquilibrer. Avec une possession largement favorable, les Lions ont longtemps tourné autour sans vraiment mordre. Peu de tirs, peu de décalages nets, et une impression persistante d’attaque en chantier.
Mais contrairement à certaines sorties passées, il y a une volonté claire : celle de prendre le jeu à son compte, même face à un adversaire inconfortable. Une transition assumée, qui demande encore du liant, du temps, et de la maitrise.
La jeunesse comme moteur
C’est sans doute la principale satisfaction de la soirée. Là où l’équipe semblait parfois figée ces derniers mois, elle a retrouvé du mouvement, de l’insouciance, presque de l’audace.
Gessime Yassine, Talbi, El Mourabet : trois noms, trois profils, et un point commun — l’envie de bousculer la hiérarchie. Sur les ailes, Yassine et Talbi ont apporté ce qui manquait cruellement : de la provocation, du un-contre-un, du déséquilibre.
Le premier est impliqué dans les deux buts, symbole d’un joueur qui ne se contente pas d’exister mais qui pèse. Le second, plus discret dans les stats, a constamment proposé, fixé, libéré des espaces.
Au milieu et derrière, El Mourabet a lui aussi marqué des points, dans un rôle où la sobriété devient une qualité rare. Et force est de constater que cette jeunesse n’est pas là pour apprendre uniquement. Elle est déjà en train de s’inviter dans le débat.
Un chantier défensif encore ouvert
Le Maroc n’a pas explosé, mais il a plié. Et parfois dangereusement. Dès l’entame, Yassine Bounou a dû s’employer avec une double parade qui a évité un scénario bien différent. Plus tard, le Paraguay a trouvé la faille, après avoir déjà cru égaliser une première fois.
Dans l’axe, les associations changent, les repères aussi. Aux côtés de Nayef Aguerd, les options se multiplient, sans qu’aucune ne s’impose encore comme une évidence, si ce n’est peut-être Diop, le nouveau venu, qui a démontré une certaine assurance à son poste, sans néanmoins convaincre à 100 %.
Le constat reste ainsi le même : le Maroc avance, mais derrière, il continue de chercher sa formule. Et face à des adversaires plus cliniques, ce genre de flottement ne pardonnera pas.
Un problème de numéro 9 qui persiste
C’est un refrain qui commence à s’installer. Dans une équipe capable de monopoliser le ballon et de s’installer haut, l’absence d’un véritable point de fixation devient criante. Soufiane Rahimi a proposé de l’activité, du pressing, quelques remises intéressantes. Mais dans la surface, l’impact reste limité.
Le Maroc produit, mais ne concrétise pas assez. Et dans les matchs serrés, cette inefficacité potentielle peut vite devenir un problème structurel. L’option du faux 9, déjà testée, pourrait revenir. Mais elle pose une autre question : celle de l’équilibre entre créativité et présence dans la surface.
Des cadres au rendez-vous
Dans une équipe en rodage, certains repères ne bougent pas. Bounou, encore lui, a tenu la baraque quand il le fallait. Sans ses interventions, le match aurait pu basculer dès la première période.
Et puis il y a Achraf Hakimi. Toujours aussi influent dans son couloir, toujours aussi décisif dans les moments clés. Sa connexion avec les nouveaux profils offensifs, notamment Jessim Yassine, laisse entrevoir des perspectives intéressantes.
Ce sont eux qui stabilisent un ensemble encore en construction.
Gagner sans maîtriser, un apprentissage nécessaire ?
Le Maroc a gagné. Et c’est déjà un enseignement en soi. Car tout n’a pas été propre, ni fluide, ni maîtrisé de bout en bout. Mais dans cette phase de transition, apprendre à s’imposer malgré les approximations reste essentiel.
Face à un Paraguay accrocheur, capable de poser des problèmes et de jouer sans complexe, les Lions ont tenu. Par séquences, par individualités, par moments de lucidité. C’est peut-être ça, le vrai point de départ : une équipe qui ne sait pas encore totalement ce qu’elle est, mais qui commence à comprendre ce que son nouveau chef de file lui inculque pour gagner.
Et dans une construction, c’est rarement anodin. Surtout pour un coach champion du monde.

