L’épidémie actuelle d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) progresse à un rythme inédit, dépassant la vitesse de propagation observée lors de toutes les précédentes flambées recensées sur le continent africain. Déclarée officiellement le 15 mai dernier, cette nouvelle crise sanitaire suscite une vive inquiétude parmi les autorités sanitaires africaines et internationales, confrontées à une augmentation rapide du nombre de cas et à des capacités de réponse mises sous forte pression.
Au 7 juillet, la RDC enregistrait déjà 1 759 cas confirmés et 600 décès liés au virus Ebola. Dans l’Ouganda voisin, le bilan demeurait stable avec 20 cas confirmés et deux décès. Selon les spécialistes, la maladie continue toutefois de gagner du terrain dans l’est du pays, où le nombre de contaminations double approximativement tous les 28 jours.
Les premières semaines de cette épidémie illustrent l’ampleur de son accélération. Près de 1 600 cas ont été recensés au cours des six premières semaines, contre moins de 1 000 durant la même période lors de la grande épidémie qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. Cette dernière demeure la plus meurtrière de l’histoire de la maladie avec plus de 11 300 décès enregistrés sur environ 29 000 cas, principalement en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.
La flambée actuelle est provoquée par le variant Bundibugyo du virus Ebola, pour lequel aucun vaccin homologué ni traitement spécifique n’est encore disponible. Face à cette situation, les autorités sanitaires ont lancé début juillet un essai clinique portant sur deux traitements potentiels, tandis qu’un premier test de diagnostic moléculaire destiné à ce variant a reçu une autorisation d’utilisation d’urgence.
Le foyer principal de l’épidémie se situe dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC, à proximité des frontières avec l’Ouganda et le Soudan du Sud. Le virus s’est depuis propagé vers les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, des régions marquées par l’instabilité sécuritaire et la présence de groupes armés, compliquant considérablement les opérations médicales et humanitaires.
Les infrastructures sanitaires subissent déjà une forte pression. Les centres de traitement spécialisés fonctionnent à près de 90 % de leur capacité, réduisant les marges de manœuvre des équipes médicales engagées sur le terrain. Les organisations humanitaires alertent également sur les difficultés d’accès à certaines zones touchées par les violences, retardant le dépistage, l’isolement des patients et le suivi des contacts.
La crise sanitaire intervient dans un contexte humanitaire déjà fragile. Une partie importante de la population concernée fait face aux déplacements forcés, à l’insécurité alimentaire et à un accès limité aux soins de santé de base. Cette combinaison de facteurs accroît le risque d’une propagation prolongée du virus et complique les efforts de contrôle de l’épidémie.
La République démocratique du Congo a déjà connu dix-sept épidémies d’Ebola depuis l’apparition du virus sur son territoire. La plus meurtrière dans le pays, entre 2018 et 2020, avait provoqué près de 2 300 décès pour environ 3 500 cas recensés.
Les autorités sanitaires africaines et les agences internationales estiment désormais que les besoins financiers pour contenir cette nouvelle flambée atteignent près de 1,4 milliard de dollars. L’accélération du financement, le renforcement des moyens humains et l’amélioration de l’accès humanitaire dans les zones affectées apparaissent comme des éléments déterminants pour freiner la progression de l’épidémie et éviter une aggravation de la situation dans la région des Grands Lacs.


