À compter du 1er février, le Maroc suspend l’exportation de la sardine congelée. La décision, annoncée au Parlement par la secrétaire d’État chargée de la pêche maritime, Zakia Driouich, vise en priorité à sécuriser l’approvisionnement du marché national et à limiter les tensions sur les prix d’un produit central dans l’alimentation des ménages marocains. Aucune date de fin n’a, à ce stade, été communiquée, laissant entendre une mesure évolutive, ajustée en fonction de la situation des captures et de la demande intérieure.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par une baisse significative des débarquements de sardines. Selon les chiffres de l’office national des pêches, les volumes ont chuté de près de moitié en deux ans, passant d’environ 966.000 tonnes en 2022 à près de 525.000 tonnes en 2024. Cette contraction de l’offre a fragilisé l’équilibre du marché, renforçant la pression sur les prix et ravivant les inquiétudes autour de l’accès à ce poisson populaire.
Devant les députés, la secrétaire d’État a souligné que les prix restent globalement « relativement raisonnables », compte tenu de plusieurs facteurs structurels, notamment les conditions climatiques, le coût des sorties en mer, la chaîne du froid et les marges des intermédiaires. Elle a toutefois insisté sur la nécessité de préserver durablement les ressources halieutiques, un enjeu devenu stratégique pour le Royaume.
Du côté des professionnels, la mesure est perçue comme un ajustement conjoncturel plutôt qu’un changement de cap durable. La filière pointe notamment l’impact du réchauffement des eaux sur la sardine, une espèce sensible aux variations de température. La hausse des températures marines a perturbé les écosystèmes, déplacé les bancs vers des zones plus profondes et favorisé l’apparition d’espèces prédatrices, réduisant ainsi la disponibilité locale.
Paradoxalement, le Maroc reste une puissance halieutique majeure. Selon les données des Nations unies, le Royaume domine la pêche des petits pélagiques et demeure l’un des rares pays excédentaires à l’export. Pourtant, l’aquaculture y reste marginale et les rejets en mer demeurent élevés, illustrant un déséquilibre persistant entre performance économique et durabilité écologique.
La suspension des exportations s’inscrit également dans une série de mesures destinées à encadrer les prix, lutter contre les pratiques spéculatives et anticiper les pics de consommation, notamment durant le mois de Ramadan. Au-delà de l’urgence, la sardine s’impose désormais comme un enjeu de souveraineté alimentaire, au cœur des arbitrages entre marché intérieur, exportation et préservation des ressources.

