Nicolas Sarkozy, ancien président de la République française, a été reconnu coupable de complot criminel dans l’affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Le verdict, rendu par le tribunal correctionnel de Paris, marque une étape judiciaire inédite pour un ancien chef d’État, déjà fragilisé par plusieurs condamnations antérieures. S’il a été acquitté des accusations de corruption, de détournement de fonds publics libyens et de financement illégal de campagne, la culpabilité retenue sur le volet association de malfaiteurs constitue un coup dur pour l’ex-locataire de l’Élysée, âgé de 70 ans, qui a immédiatement annoncé son intention de faire appel.
L’affaire remonte à 2013, lorsque des révélations ont mis en lumière un possible pacte secret entre Sarkozy et le régime du colonel Muammar Kadhafi. Selon l’accusation, des valises d’argent auraient circulé dès 2005 afin de soutenir financièrement la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007. En contrepartie, Paris aurait offert des gestes diplomatiques et politiques visant à réhabiliter l’image internationale d’un dirigeant longtemps ostracisé pour son rôle dans le terrorisme d’État, notamment l’attentat de Lockerbie en 1988. Peu après son élection, Sarkozy avait d’ailleurs accueilli Kadhafi à Paris lors d’une visite d’État spectaculaire, symbole du retour du dirigeant libyen sur la scène diplomatique.
Cette affaire a été nourrie par des témoignages explosifs, en particulier celui du franco-libanais Ziad Takieddine, intermédiaire clé des relations franco-libyennes, qui avait affirmé en 2016 avoir transporté plusieurs millions d’euros en liquide entre Tripoli et l’entourage de Sarkozy. Bien qu’il ait ensuite rétracté puis contredit ses propres propos, sa mort soudaine à Beyrouth, deux jours avant le verdict, a renforcé les zones d’ombre entourant le dossier. D’autres proches de l’ancien président, comme Claude Guéant, ancien directeur de campagne, ont également été condamnés pour complot criminel, tandis que Brice Hortefeux a été reconnu coupable du même chef mais relaxé sur le financement illégal. À l’inverse, Éric Woerth, ex-trésorier de la campagne de 2007, a été acquitté.
Pour Sarkozy, ce jugement vient s’ajouter à un passif judiciaire déjà lourd. En 2021, il avait été condamné pour corruption et trafic d’influence dans une affaire distincte, devenant le premier ancien président français contraint de porter un bracelet électronique. En 2024, il a également été sanctionné pour dépassement des frais de campagne lors de sa tentative de réélection en 2012. Bien qu’il clame son innocence et dénonce une cabale politique, ces condamnations successives ternissent durablement son héritage politique et brouillent son image au sein même de la droite française.
Malgré ce contexte, Sarkozy conserve une influence discrète dans les cercles de pouvoir. Il continue de conseiller certains responsables, notamment Sébastien Lecornu, nouveau Premier ministre, qu’il a récemment rencontré. Cette capacité à rester un interlocuteur écouté, même après plusieurs condamnations, témoigne de son poids persistant dans le paysage politique français. Mais le verdict du tribunal de Paris sur l’affaire libyenne, en inscrivant noir sur blanc l’existence d’un pacte financier occulte avec le régime de Kadhafi, place définitivement son parcours sous le sceau d’un scandale historique.

