Merzouga est devenue, le temps de quelques jours, le point de convergence de l’écosystème marocain de l’intelligence artificielle. Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la première édition du Rally IA Future Lab a été officiellement lancée mardi 16 juin par la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, en présence du ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques, Karim Zidane, du président du Conseil de la région Drâa-Tafilalet, Ahro Abrou, du directeur général de Tamwilcom, Saïd Jabrani, ainsi que de nombreux experts, chercheurs, entrepreneurs et jeunes innovateurs.
À travers cette initiative nationale, le Maroc entend consolider sa place parmi les acteurs émergents de l’intelligence artificielle en Afrique et dans la région MENA, tout en créant un cadre structuré dédié à l’anticipation des mutations technologiques, à l’émergence de solutions innovantes et à la valorisation des compétences nationales.
Dans son allocution d’ouverture, Amal El Fallah Seghrouchni a insisté sur la portée symbolique du choix de Merzouga. Pour la ministre, accueillir un événement consacré à l’intelligence artificielle au cœur du désert marocain traduit une conviction forte : l’innovation n’est pas l’apanage des grands centres urbains. Les territoires, quelles que soient leurs spécificités géographiques, disposent de ressources humaines capables de contribuer à la construction du Maroc numérique.
Cette vision s’inscrit dans une approche plus large visant à faire de l’ensemble des régions du Royaume des acteurs à part entière de la transformation digitale. La ministre a souligné que les défis liés à l’intelligence artificielle concernent autant le développement économique que la cohésion territoriale, l’amélioration des services publics et l’émergence de nouveaux modèles de création de valeur.
Le Rally IA Future Lab s’inscrit dans le prolongement des orientations définies lors des Assises nationales de l’intelligence artificielle et de la dynamique portée par l’initiative « AI Made in Morocco ». Il constitue également une nouvelle étape dans la mise en œuvre de la stratégie Maroc Digital 2030, qui place l’innovation, les compétences et la souveraineté numérique au cœur du développement national.

S’adressant aux centaines de participants venus de différentes régions du Royaume, Amal El Fallah Seghrouchni a rappelé que les jeunes talents représentent aujourd’hui la principale richesse du pays. Étudiants, chercheurs, développeurs, ingénieurs et entrepreneurs sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la conception de solutions technologiques capables de répondre aux besoins réels des citoyens, des administrations et des entreprises.
La ministre a également replacé cette dynamique dans le cadre des orientations stratégiques impulsées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui a fait du capital humain, de l’innovation et de la modernisation technologique des leviers majeurs du développement national. Selon elle, le Maroc travaille désormais à l’émergence d’un modèle national de l’intelligence artificielle fondé sur la maîtrise des technologies, la valorisation des compétences marocaines et le renforcement de la recherche scientifique.
Plusieurs chantiers structurants ont été présentés à cette occasion. Parmi eux figurent les Instituts Al Jazari, conçus pour soutenir l’innovation technologique et favoriser la coordination entre les différents acteurs de la recherche et du développement numérique. Une attention particulière est accordée à l’Institut Al Jazari « Noyau », appelé à devenir un centre de référence pour la gouvernance, l’innovation et la production de solutions numériques avancées.
La ministre a également mis en avant la plateforme Morocco Digital for Sustainable Development (D4SD), développée en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement. Cette initiative ambitionne de créer un espace régional africain et arabe dédié à la conception de solutions numériques répondant aux enjeux du développement durable.
Au-delà des projets institutionnels, le gouvernement poursuit également l’adaptation du cadre juridique aux nouvelles réalités technologiques. Les travaux engagés autour du projet de loi relatif à l’administration numérique prévoient notamment l’intégration des questions liées à l’intelligence artificielle, à la protection des données personnelles et à la cybersécurité. Une direction générale spécialisée dans l’intelligence artificielle et les technologies émergentes est également en préparation afin d’accompagner l’évolution rapide de ce secteur.
Les autorités mettent en avant des résultats jugés encourageants. En 2025, le Maroc a progressé de quatorze places dans le classement mondial de préparation gouvernementale à l’intelligence artificielle, atteignant le 87e rang international et la huitième position dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Une évolution qui reflète les investissements consentis dans les infrastructures numériques, la formation et la modernisation des services publics.
Prenant la parole à son tour, Karim Zidane a souligné que l’intelligence artificielle s’impose désormais comme l’un des principaux moteurs de la croissance mondiale. Selon lui, les États capables d’investir dans la recherche, les infrastructures numériques et le développement des compétences disposeront d’un avantage stratégique durable dans la compétition économique internationale.
Le ministre a estimé que le Royaume possède aujourd’hui les bases nécessaires pour renforcer son attractivité dans les secteurs technologiques à forte valeur ajoutée. Il a notamment insisté sur le rôle central du capital humain, considérant que les économies les plus performantes sont désormais celles qui parviennent à transformer le savoir et l’innovation en richesse.
Pour Ahro Abrou, président du Conseil de la région Drâa-Tafilalet, l’organisation de cet événement à Merzouga témoigne de la capacité des régions à participer pleinement à la dynamique numérique nationale. Il a plaidé pour un renforcement des initiatives destinées à accompagner les jeunes talents et à favoriser l’innovation dans les territoires.
Le financement constitue également un maillon essentiel de cette chaîne. Saïd Jabrani, directeur général de Tamwilcom, a rappelé l’engagement de son institution en faveur des start-up et des projets innovants. Selon lui, l’accompagnement financier reste indispensable pour transformer les idées prometteuses en entreprises capables de créer de la valeur, des emplois et de nouvelles opportunités économiques.
Le programme du Rally IA Future Lab se déroule du 16 au 20 juin autour d’ateliers, de sessions de formation et d’exercices de prospective encadrés par des experts nationaux et internationaux. Les participants travailleront sur la construction de scénarios, l’expérimentation rapide, la conception centrée sur l’impact et le storytelling stratégique afin de développer des solutions innovantes répondant aux besoins du marché et des politiques publiques.
Cette première édition réunit mille participants. Les organisateurs prévoient toutefois une montée en puissance progressive avec l’objectif d’atteindre cinq mille bénéficiaires lors des prochaines éditions.
À travers le Rally IA Future Lab, le Maroc cherche à installer durablement une culture de l’anticipation et de l’innovation, en faisant de l’intelligence artificielle un outil au service du développement économique, de la compétitivité nationale et de la souveraineté technologique. L’ambition affichée est claire : préparer dès aujourd’hui les compétences qui façonneront l’économie numérique de demain.

