Le marché du travail marocain a entamé l’année 2026 sous un nouveau cadre statistique. Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a publié les premiers résultats de la nouvelle Enquête sur la Main-d’œuvre (EMO2026), qui remplace l’ancienne Enquête nationale sur l’emploi. Selon cette nouvelle méthodologie alignée sur les standards internationaux de l’Organisation internationale du Travail (OIT), le taux de chômage strict atteint 10,8 % au premier trimestre 2026, tandis que plus de 1,25 million de personnes sont considérées comme sans emploi.
La population en âge de travailler est estimée à 27,8 millions de personnes. Parmi elles, 11,6 millions constituent la main-d’œuvre, composée des personnes en emploi rémunéré et des chômeurs au sens strict. Le taux de participation au marché du travail ressort ainsi à 41,8 %.
Une nouvelle lecture du marché de l’emploi
L’EMO2026 marque une rupture méthodologique importante dans la mesure de l’emploi et du chômage au Maroc. Désormais, seules les activités exercées contre rémunération ou dans une perspective de profit sont comptabilisées comme emploi. Les activités destinées principalement à l’autoconsommation ne sont plus intégrées dans cette catégorie.
Le chômage est également redéfini selon un critère plus strict. Sont considérées comme chômeuses uniquement les personnes sans emploi, disponibles pour travailler et engagées dans une recherche active d’emploi. Cette évolution rapproche les statistiques marocaines des normes internationales les plus récentes.
Le HCP souligne ainsi que les résultats issus de cette nouvelle enquête ne peuvent pas être comparés directement aux séries historiques produites par l’ancienne enquête nationale sur l’emploi.
Plus de 10,3 millions de personnes occupent un emploi rémunéré
Au premier trimestre 2026, le Maroc compte 10,364 millions de personnes en emploi contre revenu. Le taux d’emploi atteint 37,3 % à l’échelle nationale, avec une nette différence entre les hommes (60,1 %) et les femmes (14,7 %).
Les personnes âgées de 35 à 44 ans affichent le taux d’emploi le plus élevé, à 52,8 %, devant la tranche des 25-34 ans (47,6 %). À l’inverse, les jeunes de 15 à 24 ans restent les moins insérés dans le marché du travail avec un taux de seulement 16,6 %.
Le secteur des services demeure le principal employeur du pays. Il concentre près de la moitié des emplois rémunérés avec plus de 5 millions de travailleurs, soit 49,1 % du total. L’agriculture, la sylviculture et la pêche représentent 24,5 % des emplois, devant l’industrie (13,6 %) et le bâtiment et travaux publics (12,7 %).
Les femmes et les jeunes restent les plus exposés
Les écarts entre les catégories de population demeurent marqués. Le taux de participation des femmes au marché du travail atteint seulement 17,5 %, contre 66,4 % chez les hommes.
Du côté du chômage strict, les femmes sont également davantage touchées avec un taux de 16,1 %, contre 9,4 % pour les hommes. Les jeunes de 15 à 24 ans constituent la catégorie la plus vulnérable, avec un taux de chômage atteignant 29,2 %.
Ces chiffres confirment la persistance des difficultés d’insertion professionnelle des jeunes ainsi que la faible participation féminine au marché du travail, deux enjeux majeurs de l’économie marocaine.
Une approche élargie de la sous-utilisation de la main-d’œuvre
La nouvelle enquête ne se limite plus au seul indicateur du chômage. Elle intègre également le sous-emploi lié à la durée du travail et la main-d’œuvre potentielle, c’est-à-dire les personnes intéressées par un emploi mais qui ne remplissent pas toutes les conditions du chômage strict.
Au premier trimestre 2026, 671.000 personnes occupées sont en situation de sous-emploi lié à la durée du travail, tandis que 884.000 personnes composent la main-d’œuvre potentielle.
Le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui agrège chômage, sous-emploi et main-d’œuvre potentielle, atteint ainsi 22,5 % au niveau national. Il grimpe à 31,1 % chez les femmes et à 45,3 % chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans.
Des écarts régionaux importants
L’analyse régionale met en évidence des contrastes significatifs. La région de Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche le taux de participation au marché du travail le plus élevé du pays avec 63,9 %, devant Tanger-Tétouan-Al Hoceïma (46,4 %) et Casablanca-Settat (45,6 %).
À l’inverse, Drâa-Tafilalet enregistre le taux de participation le plus faible, à 31,1 %.
Concernant le chômage strict, Laâyoune-Sakia El Hamra arrive en tête avec 20,3 %, suivie de l’Oriental (14,9 %), de Guelmim-Oued Noun (14,8 %) et de Fès-Meknès (14,2 %). Casablanca-Settat affiche un taux de 12,7 %, supérieur à la moyenne nationale.
Une nouvelle référence statistique pour l’emploi au Maroc
Avec l’EMO2026, le Maroc adopte une méthodologie conforme aux dernières recommandations internationales en matière de mesure du marché du travail. Au-delà du simple taux de chômage, ce nouveau dispositif permet d’appréhender plus finement les différentes formes de fragilité professionnelle et de mieux évaluer les pressions réelles qui s’exercent sur l’emploi. Les premiers résultats confirment que les jeunes et les femmes restent les catégories les plus exposées aux difficultés d’insertion et de maintien dans l’activité économique.

