Le cannabis médical franchit une nouvelle phase au Maroc. Après avoir mis en place un cadre réglementaire complet et développé une offre industrielle nationale, les autorités et les acteurs du secteur concentrent désormais leurs efforts sur un défi décisif : favoriser l’adoption du cannabis thérapeutique par le corps médical afin de transformer le potentiel de la filière en pratique clinique concrète.
Réunis lors d’une journée scientifique organisée autour de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC) et de la Société marocaine des sciences médicales (SMSM), médecins, chercheurs, universitaires et responsables institutionnels ont dressé un état des lieux encourageant. Aujourd’hui, le Maroc dispose déjà de 140 produits à base de cannabis thérapeutique officiellement enregistrés et distribués à travers un réseau de 600 points de vente. Une étape qui marque l’aboutissement de plusieurs années de structuration réglementaire et industrielle.
Pour les responsables de l’ANRAC, l’enjeu dépasse largement la seule dimension sanitaire. Le développement du cannabis médical s’inscrit également dans une stratégie économique et sociale destinée à offrir aux agriculteurs des régions productrices une alternative durable aux circuits informels. La viabilité de cette chaîne dépend toutefois de la prescription médicale. Sans demande des professionnels de santé, les industriels risquent de réduire leurs achats de matière première, fragilisant ainsi l’ensemble de l’écosystème construit autour de la filière légale.
Cette problématique explique la mobilisation sans précédent observée au sein du secteur médical marocain. Plus de cinquante sociétés savantes ont participé aux travaux visant à encadrer l’usage thérapeutique du cannabis et à faciliter son intégration dans la pratique quotidienne des médecins. Les premiers protocoles thérapeutiques ont déjà été élaborés pour certaines maladies chroniques et inflammatoires, notamment les hépatites B et C, la maladie de Crohn ainsi que la rectocolite hémorragique.
Les experts présents ont également insisté sur la nécessité de développer une recherche scientifique adaptée aux réalités nationales. Si les études internationales constituent une base précieuse, elles ne reflètent pas toujours les spécificités génétiques, environnementales et épidémiologiques de la population marocaine. La production de données cliniques locales apparaît désormais comme une priorité afin de garantir une utilisation sécurisée et efficace des produits à base de cannabis thérapeutique.
Dans cette perspective, plusieurs spécialistes ont rappelé que le cannabis médical ne doit pas être considéré comme une solution miracle. Il représente un outil thérapeutique supplémentaire venant compléter l’arsenal déjà disponible pour les médecins. Son utilisation nécessite une prescription rigoureuse, un suivi médical attentif et une adaptation progressive des doses afin de limiter les effets secondaires et les interactions médicamenteuses, particulièrement chez les patients âgés.
Les applications thérapeutiques évoquées couvrent un large éventail de spécialités médicales. Neurologie, oncologie, prise en charge de la douleur chronique, gastroentérologie, dermatologie ou encore soins de support après chimiothérapie figurent parmi les domaines dans lesquels les produits dérivés du cannabis suscitent un intérêt croissant. Les intervenants ont néanmoins tenu à souligner que le modèle marocain privilégie essentiellement les préparations à base de cannabidiol (CBD) dans un cadre strictement médical, distinct de tout usage récréatif.
La formation constitue également l’un des piliers de cette nouvelle étape. La Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca a officialisé la création d’un certificat universitaire et professionnel consacré à l’usage thérapeutique du cannabis. Cette formation vise à renforcer les compétences des médecins en matière de prescription, de suivi clinique, de pharmacologie et de gestion des effets indésirables. L’objectif est de renforcer la confiance des praticiens et d’assurer une prise en charge sécurisée des patients.
Parallèlement, les universités marocaines entendent intensifier leurs travaux de recherche sur les propriétés de la plante cultivée au Maroc. Des laboratoires spécialisés seront mobilisés pour mieux comprendre ses caractéristiques génétiques et développer une expertise nationale capable de valoriser le patrimoine cannabis du Royaume dans un cadre scientifique reconnu.
Les recommandations formulées à l’issue de cette rencontre dessinent déjà les prochaines étapes du chantier. Les participants préconisent l’élaboration d’une liste nationale des indications thérapeutiques, la mise en place de protocoles standardisés, la création de guides de bonnes pratiques destinés aux professionnels de santé ainsi que le lancement d’un observatoire chargé du suivi des patients. Ils appellent également à renforcer les programmes de recherche clinique et à constituer une base de données nationale dédiée aux études scientifiques sur le cannabis médical.
Avec une industrie opérationnelle, des produits disponibles sur le marché et un cadre réglementaire désormais consolidé, le Maroc dispose des principaux leviers nécessaires au développement du cannabis thérapeutique. La réussite de cette stratégie dépendra désormais de la capacité des médecins, des chercheurs et des institutions à transformer les avancées réglementaires en bénéfices concrets pour les patients tout en assurant la pérennité économique de la filière.


