Alors que la plupart des constructeurs automobiles multiplient les annonces autour du tout-électrique, Akio Toyoda persiste à défendre une vision plus nuancée de la transition énergétique. Une position qui lui vaut régulièrement des critiques, mais qui reflète également la stratégie singulière adoptée par Toyota, premier constructeur automobile mondial.
À contre-courant d’une industrie engagée dans une course accélérée vers l’électrification, l’ancien président et actuel président du conseil d’administration du groupe japonais refuse d’enterrer trop vite le moteur à combustion.
Un passionné d’automobile avant tout
Pour Akio Toyoda, l’automobile ne se résume pas à une simple technologie de déplacement. Elle reste avant tout une passion.
Lors d’un récent entretien, le dirigeant japonais a reconnu qu’il observait avec inquiétude la perspective d’un marché où l’ensemble des véhicules seraient exclusivement électriques. Une position rare dans un secteur où de nombreux dirigeants ont déjà fixé des échéances pour la disparition progressive des motorisations thermiques.
Loin des discours purement industriels, Toyoda revendique son attachement aux sensations de conduite, au caractère mécanique des moteurs et à tout ce qui a façonné la culture automobile durant des décennies.
Une voix isolée dans le débat
Le dirigeant japonais explique avoir souvent eu le sentiment d’être seul à défendre cette approche.
Selon lui, lorsque l’industrie automobile s’est massivement tournée vers les véhicules électriques à batterie, peu d’acteurs ont pris le temps d’examiner les conséquences économiques et sociales d’une transition brutale.
Il rappelle notamment que des millions d’emplois à travers le monde restent directement liés à la conception, à la fabrication et à la maintenance des moteurs thermiques.
Pour Toyoda, la transformation du secteur ne peut pas être abordée uniquement sous l’angle technologique. Elle doit également tenir compte des réalités industrielles et humaines.
La stratégie Toyota : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier
Cette vision explique largement les choix stratégiques opérés par Toyota ces dernières années.
Contrairement à certains concurrents qui ont concentré l’essentiel de leurs investissements sur le véhicule électrique, le constructeur japonais continue de développer simultanément plusieurs solutions.
Hybrides, hybrides rechargeables, véhicules 100 % électriques, hydrogène ou encore moteurs thermiques à faibles émissions : Toyota défend une approche diversifiée, adaptée selon les marchés, les infrastructures disponibles et les usages des consommateurs.
Une stratégie qui a parfois été perçue comme un retard sur le marché électrique, mais que le groupe présente aujourd’hui comme une forme de prudence industrielle.
L’électrique progresse, mais le thermique résiste
Pour autant, Toyota n’a jamais tourné le dos à l’électrification.
Le constructeur accélère le lancement de nouveaux modèles électriques et poursuit le développement de technologies de rupture, notamment dans le domaine des batteries solides, considérées comme l’une des prochaines grandes évolutions du secteur.
Mais parallèlement, l’entreprise continue d’investir dans des projets que beaucoup considéraient condamnés il y a encore quelques années, à commencer par les moteurs à hydrogène ou certaines motorisations sportives à combustion.
Cette double approche traduit la conviction du groupe que l’avenir de la mobilité ne reposera probablement pas sur une seule technologie.
Préserver l’ADN automobile
Cette vision est également portée par la culture personnelle d’Akio Toyoda.
Pilote amateur connu sous le pseudonyme de « Morizo », il a largement contribué au retour des modèles sportifs au sein de Toyota et Lexus. Sous son impulsion, des véhicules comme la GR Yaris sont devenus les symboles d’une philosophie qui privilégie encore le plaisir de conduite et les sensations mécaniques.
Pour lui, la transition énergétique ne doit pas signifier la disparition de tout un patrimoine automobile construit autour des moteurs à essence.
Un équilibre difficile à trouver
La réalité du marché oblige toutefois Toyota à accélérer sa transformation.
La pression réglementaire, notamment en Europe, ainsi que l’essor des constructeurs chinois spécialisés dans l’électrique, poussent le groupe à renforcer son offre zéro émission.
Le défi pour Toyota consiste désormais à réussir cette mutation sans renier ce qui a fait son identité.
Entre batteries solides, hydrogène, hybrides de nouvelle génération et véhicules sportifs thermiques, le constructeur japonais tente de dessiner une troisième voie dans un secteur souvent présenté comme un affrontement entre passé et futur.
Et si Akio Toyoda continue de défendre les moteurs thermiques, ce n’est pas par refus du changement, mais parce qu’il demeure convaincu que l’avenir de l’automobile sera plus diversifié que ce que beaucoup imaginaient il y a encore quelques années.


