Apple reprend la première place au classement des entreprises les plus valorisées au monde, devant Nvidia. Vendredi, le géant de Cupertino a atteint une capitalisation boursière d’environ 4.880 milliards de dollars, contre 4.860 milliards de dollars pour le spécialiste des puces d’intelligence artificielle, pénalisé par un recul de son action de près de 3,5 %. Ce changement illustre un rééquilibrage des attentes des investisseurs, qui s’interrogent désormais sur la rentabilité des investissements massifs dans l’intelligence artificielle tout en accordant davantage de crédit à la stratégie plus mesurée d’Apple.
Pendant près d’un an, Nvidia avait dominé le marché grâce à l’explosion de la demande pour ses processeurs graphiques (GPU), devenus incontournables pour entraîner les grands modèles de langage développés par des acteurs comme OpenAI, Anthropic ou Google. L’entreprise avait même franchi le seuil historique des 5.000 milliards de dollars de valorisation en octobre dernier, portée par l’engouement mondial pour l’IA générative.
Mais ces dernières semaines, le marché a changé de ton. Les investisseurs examinent avec davantage de prudence les dépenses colossales consacrées aux infrastructures d’intelligence artificielle et cherchent désormais des entreprises capables de transformer cette révolution technologique en bénéfices durables. L’introduction en Bourse annoncée d’OpenAI et d’Anthropic alimente également les interrogations sur la prochaine phase de croissance du secteur.
À l’inverse, Apple bénéficie d’un regain de confiance. Son action a progressé d’environ 20 % depuis la fin du mois de juin, soutenue par des ventes solides d’iPhone et par l’accueil favorable réservé à la nouvelle version de Siri, profondément repensée après plusieurs mois de retard. L’assistant vocal, désormais enrichi par des fonctions d’intelligence artificielle, constitue l’un des principaux leviers de la stratégie du groupe pour rattraper son retard face à ses concurrents.
Longtemps critiquée pour son absence de grands modèles de langage développés en interne, Apple semble aujourd’hui convaincre les marchés avec une approche différente. Plutôt que de multiplier les investissements dans des infrastructures coûteuses, l’entreprise mise sur la force de son écosystème, ses services et le renouvellement de ses appareils pour monétiser progressivement les usages liés à l’IA.
Pour Toni Meadows, responsable des investissements chez BRI Wealth Management, cette évolution traduit un changement profond de perception. Selon lui, Apple est désormais considérée comme moins exposée aux dépenses massives en infrastructures et mieux positionnée pour générer des revenus grâce à ses services, à la fidélité de ses utilisateurs et aux mises à niveau de ses produits. La valorisation du groupe repose ainsi davantage sur la solidité attendue de ses bénéfices que sur des anticipations spéculatives liées à l’intelligence artificielle.
Certains analystes estiment également que l’un des principaux atouts d’Apple réside dans les données personnelles stockées sur les centaines de millions d’iPhone en circulation. Exploitées dans le respect de la politique de confidentialité de la marque, elles pourraient permettre à Siri de fournir des réponses plus pertinentes et plus personnalisées. Le défi consiste toutefois à valoriser ces informations sans remettre en cause les engagements historiques d’Apple en matière de protection de la vie privée.
Cette reconquête intervient également à un moment charnière pour le groupe. Tim Cook prépare son départ de la direction générale en septembre, avec une transmission annoncée à John Ternus, actuel responsable du matériel. Cette première place retrouvée pourrait contribuer à renforcer le bilan du dirigeant après plus d’une décennie à la tête de l’entreprise.
Pour autant, les observateurs restent prudents. Nvidia demeure le principal fournisseur des infrastructures qui alimentent l’essor de l’intelligence artificielle et pourrait rapidement retrouver son statut de première capitalisation mondiale si le marché retrouve son enthousiasme. Apple fait également face à ses propres défis, notamment la hausse des prix de certains produits destinée à compenser l’augmentation des coûts, une stratégie susceptible de peser sur la demande.
L’intérêt des investisseurs s’élargit par ailleurs à d’autres acteurs du secteur des semi-conducteurs. Les fabricants de mémoire, comme Micron ou encore SK Hynix, profitent eux aussi de la montée en puissance de l’IA, signe que les marchés ne concentrent plus exclusivement leur attention sur les géants technologiques traditionnels. Malgré une correction de près de 19 % enregistrée en juillet par l’indice Philadelphia Semiconductor, le secteur conserve une place centrale dans les perspectives de développement de l’intelligence artificielle mondiale.

