Le trophée de la Coupe du monde de la FIFA, devenu l’un des objets les plus reconnaissables du sport mondial, est né dans un atelier de Milan. Son créateur, le sculpteur italien Silvio Gazzaniga, voulait faire tenir dans une seule forme les trois émotions qui accompagnent une victoire : l’effort de l’athlète, la joie des supporters et le triomphe du champion.
À l’approche de la finale de la Coupe du monde 2026, le trophée sera une nouvelle fois au centre de toutes les attentions. Pourtant, le précieux objet soulevé par le capitaine de l’équipe victorieuse ne restera pas entre ses mains. Le trophée original appartient à la FIFA et retourne, après chaque tournoi, à son siège en Suisse. Les champions repartent avec une réplique plaquée or.
L’histoire de ce trophée commence en 1970. Cette année-là, le Brésil remporte sa troisième Coupe du monde et obtient, conformément aux règles en vigueur à l’époque, le droit de conserver définitivement le trophée Jules Rimet. La FIFA lance alors un concours international pour imaginer une nouvelle récompense. Plus de 50 propositions, venues d’artistes de 25 pays, sont examinées. Le projet retenu est celui de Silvio Gazzaniga, alors âgé de 50 ans.
Le sculpteur milanais conçoit son œuvre dans son atelier du quartier de Brera, à Milan. Son idée repose sur un mouvement ascendant : deux silhouettes humaines semblent s’élever en spirale vers un globe représentant la Terre. La composition évoque à la fois le corps de l’athlète, l’effort nécessaire pour atteindre la victoire et l’élan collectif qui accompagne le succès d’une équipe.

Giorgio Gazzaniga, le fils du sculpteur, était adolescent lorsque son père travaillait sur ce projet. Il se souvient d’un long travail de recherche, marqué par de nombreux dessins avant que la forme définitive ne prenne vie. Son père cherchait notamment à représenter le monde et un mouvement comparable à deux spirales d’ADN qui s’élèvent progressivement.
Silvio Gazzaniga ne s’était pas contenté de présenter quelques croquis. Il avait également réalisé un modèle en plâtre grandeur nature. Un choix qui, selon son fils, a permis au jury de mieux apprécier à la fois l’esthétique de la sculpture et le récit qu’elle portait.
Le sculpteur voulait que chaque élément raconte quelque chose. Le globe domine la composition, tandis que les corps semblent traduire la puissance et la difficulté du combat sportif. Les silhouettes, volontairement rugueuses, rappellent les efforts, les sacrifices et les obstacles surmontés avant d’atteindre la victoire. Les bras levés évoquent, eux, les ailes de la Victoire et la célébration des supporters.

Le trophée imaginé à Milan succède ainsi à la Coupe Jules Rimet, elle-même chargée d’une histoire mouvementée. Créé pour la première Coupe du monde, disputée en 1930, le premier trophée représentait Niké, la déesse grecque de la victoire. Il avait été conçu par le sculpteur français Abel Lafleur et réalisé en argent sterling doré, posé sur une base en lapis-lazuli.
Le trophée Jules Rimet a également connu deux vols. En 1966, alors qu’il était exposé en Angleterre, il disparaît avant d’être retrouvé sous une haie de Londres par un chien devenu célèbre, Pickles. En 1983, après avoir été définitivement remis au Brésil, il est de nouveau volé, cette fois au siège de la Confédération brésilienne de football. Il n’a jamais été retrouvé et aurait, selon la croyance largement répandue, été fondu.
Le trophée conçu par Silvio Gazzaniga a, lui, traversé les décennies. Il mesure 36 centimètres de haut et est fabriqué en or 18 carats. Sa base comporte deux anneaux de malachite verte, une pierre choisie pour évoquer les terrains de football.
Contrairement à ce que l’image de la cérémonie pourrait laisser penser, le capitaine qui soulève le trophée à la fin de la finale ne repart donc pas avec l’original. Après la compétition, celui-ci est remis à la FIFA, qui le conserve dans son quartier général en Suisse jusqu’au prochain tournoi. L’équipe championne reçoit une réplique plaquée or.
Les règles ont également changé depuis l’époque de la Coupe Jules Rimet. Même une sélection qui remporte trois fois la Coupe du monde ne peut désormais plus conserver définitivement le trophée original. La création de Gazzaniga reste ainsi la propriété de la FIFA, tandis que son image accompagne les plus grands moments de l’histoire du football.
La première fois que le trophée de Gazzaniga est présenté lors d’une Coupe du monde remonte à 1974, lorsque la République fédérale d’Allemagne soulève la coupe après sa victoire contre les Pays-Bas. Giorgio Gazzaniga se souvient encore de cette scène regardée en famille. Pour lui, c’est lorsque les joueurs allemands ont brandi le trophée à Munich, devant un stade en liesse, que l’objet imaginé par son père est véritablement devenu une icône.
Silvio Gazzaniga, disparu à Milan le 31 octobre 2016 à l’âge de 95 ans, a laissé derrière lui une œuvre qui dépasse largement la seule Coupe du monde. Formé à l’Académie des beaux-arts de Brera, il a également travaillé pour G.D.E. Bertoni et conçu plusieurs trophées majeurs du football, dont la Coupe UEFA, la Supercoupe de l’UEFA et la Coupe intercontinentale.
Sa famille a conservé une partie de son héritage artistique, notamment des dessins préparatoires, un moulage en cire et le prototype original en plâtre présenté à la FIFA. Son ancien atelier milanais a également été honoré par une plaque commémorative dévoilée par la ville de Milan.
Récompensé en 2003 par l’Ambrogino d’Oro, l’une des plus prestigieuses distinctions civiques de Milan, Silvio Gazzaniga a aussi reçu un prix international pour l’ensemble de sa contribution à la création de médailles et de trophées. Plus d’un demi-siècle après sa conception, son œuvre continue d’incarner le rêve ultime du football : atteindre le sommet, soulever la Coupe du monde et, pendant quelques secondes, transformer un objet en symbole universel de victoire.

