Devant la Chambre des Représentants, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a défendu un bilan qu’il qualifie de “collectif”, fruit d’un travail continu et d’un engagement assumé envers les citoyens. Un exercice politique attendu, dans un contexte marqué par des tensions économiques internationales et des défis climatiques persistants.
Un bilan revendiqué sous pression conjoncturelle
Dès l’entame de son intervention, le chef de l’Exécutif a replacé l’action gouvernementale dans son environnement initial : une période marquée par les séquelles de la pandémie de Covid-19, la flambée des prix des matières premières, les perturbations énergétiques liées à la guerre en Ukraine et plusieurs années de sécheresse.
Face à ces contraintes, l’équipe gouvernementale affirme avoir opté pour une gestion « responsable », structurée autour d’un programme visant à préserver le pouvoir d’achat, soutenir l’économie nationale et poursuivre les grands chantiers stratégiques impulsés au plus haut niveau de l’État.
Investissement public et dynamique économique
Au cœur de ce bilan, la question de l’investissement public occupe une place centrale. Le gouvernement met en avant une enveloppe de près de 380 milliards de dirhams, en progression notable par rapport au mandat précédent.
Selon Aziz Akhannouch, cet effort a permis de soutenir plusieurs secteurs stratégiques et d’amorcer une dynamique économique jugée positive. Les activités non agricoles ont ainsi enregistré une croissance de leur valeur ajoutée estimée à 4,8 % en 2025, contribuant à la création de plus de 684.000 emplois entre 2022 et 2025. Une tendance qui pourrait se poursuivre, avec 233.000 postes supplémentaires attendus en 2026, hors secteur agricole.
Des équilibres macroéconomiques en amélioration
Sur le plan des finances publiques, l’Exécutif met en avant un redressement progressif des indicateurs. Le déficit budgétaire, qui avait atteint près de 7 % en 2020, a été ramené à 3,5 % en 2025, avec une projection à 3 % en 2026.
Le taux d’endettement suit la même trajectoire, passant de 72,2 % du PIB à 67,2 % en 2025, avec une nouvelle baisse attendue à 65,9 % l’année suivante. Pour le gouvernement, ces résultats traduisent une capacité renforcée à financer les politiques publiques tout en maintenant les grands équilibres économiques.
Protection sociale : un chantier structurant
Sur le volet social, l’accent a été mis sur la généralisation de la couverture médicale. Le dispositif AMO-Tadamon couvre désormais près de 4 millions de familles, soit environ 11 millions de bénéficiaires.
À fin 2025, près de 22 milliards de dirhams ont été mobilisés pour le remboursement des soins et prestations de santé. En parallèle, plus de 4 millions de travailleurs non salariés ont intégré le système d’assurance maladie, élargissant considérablement la base des bénéficiaires, désormais répartis sur 35 catégories professionnelles contre seulement 7 auparavant.
Souveraineté hydrique et projets structurants
Autre axe mis en avant : la consolidation de la souveraineté nationale, notamment dans le domaine de l’eau. Le gouvernement revendique des avancées significatives dans la mise en œuvre du programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation.
Parmi les projets phares figure l’interconnexion des bassins du Sebou et du Bouregreg, réalisée dans un délai jugé court au regard de son envergure.
Le développement du dessalement de l’eau de mer constitue également un levier stratégique. La capacité de production est passée de 46 millions à 415 millions de mètres cubes entre 2021 et 2026, traduisant un changement d’échelle face à la pression hydrique.
Une lecture politique d’un mandat sous contrainte
En filigrane, ce bilan se veut une réponse aux critiques de l’opposition et un plaidoyer pour la continuité des réformes engagées. Le gouvernement met en avant sa capacité d’adaptation face aux crises et insiste sur les résultats obtenus, tout en laissant ouverte la question de leur perception par les citoyens, notamment en matière de pouvoir d’achat et d’emploi.

