Rabat a accueilli mercredi 17 septembre 2025 un atelier national consacré à la valorisation agricole des boues d’épuration, un événement clé réunissant les principaux acteurs publics, institutionnels et partenaires au développement. L’objectif affiché est clair : transformer un déchet problématique en ressource précieuse pour l’agriculture et l’environnement, tout en renforçant l’économie circulaire et la durabilité des sols au Maroc.
Plus de 150 stations d’épuration à travers le royaume génèrent annuellement quelque 500 000 tonnes de boues résiduaires. Pourtant, une faible part seulement est actuellement valorisée à des fins agricoles ou énergétiques, laissant un potentiel encore largement inexploité. L’atelier visait à dégager des pistes d’action concrètes pour surmonter les obstacles techniques, institutionnels et réglementaires qui freinent cette filière stratégique.
Lors de l’ouverture, Redouane Arrach, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, a rappelé que ces boues, longtemps perçues comme un simple résidu, représentent une opportunité unique pour restaurer les sols appauvris, améliorer leur fertilité et réduire la dépendance aux engrais chimiques. « La valorisation des boues s’inscrit dans une logique de résilience des systèmes agricoles face aux défis climatiques et de durabilité environnementale », a-t-il souligné.
Mohamed Ouahmid, secrétaire général du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, a insisté sur l’importance stratégique de cette question. Depuis 2010, le Maroc s’est doté d’une stratégie nationale de gestion des boues, renforcée par la loi 36-15 sur l’eau, qui définit les règles de traitement selon les usages envisagés et encourage des filières de valorisation comme le compostage, la production de biogaz ou la réhabilitation de terrains dégradés.
Pour la FAO, représentée par Alexandre Anh Tài Huynh, la gestion des boues ne doit plus être considérée comme un coût mais comme une opportunité. L’organisation internationale soutient depuis plusieurs années des projets pilotes de compostage et de séchage solaire, démontrant des bénéfices économiques et agronomiques tangibles. Selon lui, la montée en puissance des eaux usées rend la valorisation de ces boues d’autant plus urgente pour sécuriser la fertilisation organique et limiter le recours aux intrants chimiques.
L’atelier a rassemblé un large éventail d’acteurs : ministères (Intérieur, Agriculture, Transition énergétique, Eau et Santé), agences et offices nationaux (ONEE, ONSSA, ADA, ANEF, ONCA), institutions académiques et techniques (IAV Hassan II, INRA, universités régionales, IMANOR) ainsi que des partenaires internationaux et financiers (Banque mondiale, AFD, BERD, BAD, GIZ, CESE, DCI Monaco). Les débats ont porté sur le renforcement de la coordination interinstitutionnelle, l’élaboration d’un cadre réglementaire opérationnel, le déploiement de projets pilotes conformes aux normes sanitaires et environnementales, et la mobilisation de financements durables pour assurer la viabilité de la filière verte.

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Le rapport national 2024 présenté lors de l’atelier souligne que la valorisation agricole des boues constitue un levier stratégique pour accroître la durabilité des systèmes agroalimentaires marocains. Outre les bénéfices agronomiques, cette approche contribue à la protection des ressources naturelles, à la création de valeur économique et à la promotion d’une économie circulaire de l’eau.
Alors que le Maroc vise un taux d’épuration supérieur à 80 % d’ici 2050, l’atelier de Rabat marque une étape déterminante pour transformer un déchet trop souvent négligé en ressource innovante au service de l’agriculture et de l’environnement. La réussite de cette démarche dépendra désormais de la mobilisation conjointe des collectivités locales, des agriculteurs, des investisseurs privés et des acteurs institutionnels pour bâtir une filière pérenne et intégrée.

