Ce qui devait être une simple étape institutionnelle s’apparente désormais à une épreuve de vérité. La réunion du comité exécutif de la Confédération africaine de football, convoquée le 13 février à Dar es Salaam par Patrice Motsepe, s’annonce comme l’un des moments les plus délicats depuis son accession à la présidence. À la croisée des crises, la CAF avance sur une ligne de crête, lestée de soupçons, de contestations internes et d’une crédibilité mise à rude épreuve.
Officiellement, il s’agit d’un rendez-vous statutaire inscrit au calendrier de l’instance continentale. Officieusement, la réunion prend des allures de tribunal silencieux, où chaque décision, chaque absence, chaque mot pèsera lourd. Rarement la Confédération africaine de football n’a semblé aussi exposée à ses propres fragilités.
Selon plusieurs sources concordantes, une frange des membres du comité exécutif envisagerait de ne pas se rendre à Dar es Salaam. En cause : un climat jugé opaque et l’absence, jusqu’à présent, d’un ordre du jour formel. Une situation inhabituelle pour une institution censée incarner la rigueur administrative, et qui nourrit un malaise grandissant à l’approche d’échéances sportives majeures, dont la prochaine Coupe d’Afrique des Nations prévue en Afrique de l’Est.
Au centre de cette zone de turbulences, le dossier sensible du secrétaire général de la CAF, Véron Mosengo-Omba. Son maintien en poste au-delà de l’âge réglementaire de départ à la retraite, tel que défini par les textes internes, soulève des interrogations juridiques persistantes. En toile de fond, une inquiétude diffuse : celle de la validité des décisions prises, qu’elles soient administratives, disciplinaires ou contractuelles, dans un contexte où l’instance engage des budgets et des partenariats structurants pour son avenir.
À ces tensions institutionnelles s’ajoute une blessure encore vive : la finale de la CAN 2025. L’affiche Maroc–Sénégal, interrompue après le refus des joueurs sénégalais de reprendre le jeu en contestation de décisions arbitrales, a fait l’effet d’un séisme. Les scènes de désordre, l’envahissement de la pelouse et les dégradations du stade ont brutalement mis en lumière les limites de l’autorité de la CAF sur son propre événement phare.
La suite disciplinaire n’a pas permis d’éteindre l’incendie. Bien au contraire. Le verdict de la commission compétente a suscité de vives critiques, notamment en raison de l’absence de qualification juridique claire de l’acte central : l’interruption du match. La répartition des sanctions, perçue comme excessivement équilibriste, a renforcé le sentiment d’une justice sportive hésitante, tandis que le rejet non motivé de la réclamation marocaine et les sanctions infligées à des joueurs majeurs ont accentué la défiance.
Dans ce climat chargé, la réunion de Dar es Salaam dépasse largement la gestion ordinaire des affaires courantes. Elle engage directement l’héritage de Patrice Motsepe, élu sur la promesse d’une gouvernance rénovée, transparente et pacifiée. Trois voies semblent aujourd’hui ouvertes : maintenir un statu quo prudent, annoncer des mesures symboliques pour apaiser les tensions, ou opérer un virage politique réel afin de restaurer la crédibilité de l’institution.
Vendredi, à Dar es Salaam, il ne sera donc pas seulement question d’agenda sportif. Pour la CAF, l’enjeu est plus profond : prouver qu’elle est capable de regarder ses crises en face, de trancher avec clarté et de rétablir la confiance autour de son autorité. À défaut, le football africain risque de voir son instance faîtière vaciller sous le poids de ses propres silences.

