Les précipitations enregistrées au Maroc depuis la mi-novembre ont profondément modifié la trajectoire de la campagne agricole en cours. Devant la Chambre des représentants, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, a présenté des indicateurs en nette amélioration, tant pour les cultures végétales que pour l’élevage, traduisant un redressement attendu après plusieurs saisons marquées par la sécheresse.
Les données climatiques constituent le premier signal fort de cette reprise. À fin février, le cumul pluviométrique moyen atteint près de 360 mm, soit un niveau supérieur de 54 % à la moyenne des trente dernières années et plus du triple de celui enregistré à la même période de la campagne précédente. Cette pluviométrie, renforcée par des chutes de neige dans plusieurs régions, a favorisé une amélioration généralisée des cultures et des parcours pastoraux, avec des effets directs sur les rendements attendus et la stabilité de l’approvisionnement des marchés nationaux.
Cette dynamique s’est rapidement répercutée sur les ressources hydriques. Les barrages à vocation agricole stockent actuellement 8,22 milliards de mètres cubes d’eau, pour un taux de remplissage proche de 58 %, contre 25 % un an plus tôt. En incluant l’ensemble des barrages du Royaume, y compris ceux destinés à l’eau potable, la retenue globale atteint 10,26 milliards de mètres cubes, avec un taux de remplissage de 61 %, contre moins de 28 % l’année précédente. Une évolution jugée déterminante pour la sécurisation de la saison agricole et la gestion des usages futurs.
Sur le terrain, l’avancement des travaux agricoles confirme cette tendance favorable. La superficie totale labourée s’élève à 4,5 millions d’hectares, dont environ 10 % en zones irriguées, avec un niveau de mécanisation estimé à 95 %. Les grandes cultures d’automne dépassent désormais les 4 millions d’hectares, affichant une progression de 40 % par rapport à la campagne précédente. Elles se répartissent entre 3,7 millions d’hectares de céréales, 430.000 hectares de cultures fourragères, 113.000 hectares de légumineuses alimentaires et 44.500 hectares de cultures sucrières, en hausse de 24 % sur un an.
Le développement du semis direct s’inscrit également dans cette dynamique. Cette technique concerne désormais 215.000 hectares, soit une augmentation de 27 %, soutenue par l’acquisition de 150 nouveaux semoirs. Le parc d’équipements mis à la disposition des coopératives agricoles avoisine désormais les 500 unités, contribuant à une meilleure résilience des systèmes de production.
Les cultures maraîchères bénéficient elles aussi des conditions climatiques favorables. Environ 100.000 hectares de cultures d’automne ont été réalisés, pour une production attendue de 2,1 millions de tonnes, en hausse d’environ 300.000 tonnes par rapport à la saison précédente. Les cultures maraîchères d’hiver devraient couvrir 68.000 hectares, assurant un approvisionnement régulier du marché national de février à juin, notamment durant le mois de Ramadan, période traditionnellement sensible.
L’arboriculture affiche des résultats particulièrement marquants. La production d’agrumes est estimée à 1,9 million de tonnes, en progression de 24 %. Celle de l’olive avoisine les 2 millions de tonnes, enregistrant une hausse de 106 %, tandis que la production de dattes est évaluée à 160.000 tonnes, soit une augmentation de 55 % par rapport à la campagne précédente. Ces performances traduisent l’effet combiné des pluies, des efforts d’encadrement et des investissements engagés ces dernières années.
Du côté de l’élevage, le programme de reconstitution du cheptel national poursuit son déploiement. À ce stade, 1,13 million d’éleveurs ont bénéficié d’un soutien financier global de 5,306 milliards de dirhams. Les versements se poursuivent jusqu’à la fin février, avant le lancement de la deuxième phase du programme en avril. Les indicateurs techniques s’améliorent, même si leur impact sur les prix de la viande reste progressif, en raison du cycle biologique de la production animale et des séquelles laissées par les années de sécheresse.
Les prix des intrants agricoles demeurent sous surveillance. Les engrais continuent de bénéficier d’exonérations des droits de douane et de la TVA, limitant la pression sur les coûts. Les hausses observées concernent principalement les engrais azotés, entièrement importés et exposés à la volatilité des marchés internationaux. Les engrais phosphatés, eux, ont été mis à disposition du marché national à hauteur de 650.000 tonnes, couvrant les besoins, tandis que les prix internationaux reculent par rapport aux niveaux exceptionnellement élevés de 2022 et 2023. Des perturbations logistiques ponctuelles ont toutefois affecté l’acheminement de certains chargements, en raison des conditions météorologiques.
S’agissant des aliments du bétail, les prix sont globalement restés stables, à l’exception du foin, dont le coût a progressé de 12 % en 2025, sous l’effet de la faiblesse de la production nationale. À l’inverse, certains aliments importés ont vu leurs prix reculer de 14 à 27 %. Une hausse temporaire observée en fin d’année, liée à l’augmentation de la demande après le versement des aides, devrait s’estomper avec l’amélioration des parcours.
Le ministre a également expliqué que certaines hausses ponctuelles des prix des produits agricoles sont liées aux précipitations, qui ont temporairement freiné les opérations de récolte et de transport. Pour les viandes rouges, les prix à la sortie des abattoirs demeurent relativement stables, oscillant entre 70 dirhams le kilogramme pour les bovins importés et 90 dirhams pour les bovins locaux. Le marché des ovins reste marqué par des ajustements conjoncturels, liés aux conditions climatiques, à la mobilité des éleveurs et aux anticipations autour de l’Aïd Al-Adha.
Dans ce contexte, les autorités ont engagé une série de mesures visant à atténuer l’impact de la cherté de la vie, notamment par la poursuite du soutien aux éleveurs, l’amélioration de l’accès aux aliments du bétail, le renforcement du contrôle des circuits de commercialisation et la réhabilitation des marchés à bestiaux et des abattoirs.
Enfin, la valorisation des productions agricoles demeure un axe central. En 2025, 520 unités de valorisation, représentant une capacité globale de 380.000 tonnes, ont été réalisées au profit des petits agriculteurs dans le cadre de l’agriculture solidaire. Parallèlement, 84 labels de qualité et d’origine ont été attribués, cinq pôles agroalimentaires régionaux ont vu le jour et près de 1.000 unités ont été accompagnées pour l’obtention des autorisations sanitaires. Autant de leviers destinés à renforcer la compétitivité des produits agricoles marocains sur les marchés nationaux et internationaux.

