L’usage thérapeutique du cannabis au Maroc poursuit sa structuration sous l’effet d’un triptyque jugé décisif par les autorités : diversité des applications médicales, encadrement réglementaire strict et montée en puissance d’une industrie adaptée. Réunis jeudi à Casablanca lors d’un colloque scientifique consacré au cannabidiol (CBD), responsables institutionnels, médecins et chercheurs ont dressé un état des lieux d’une filière encore jeune mais déjà tangible.
D’emblée, le directeur général de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), Mohamed El Guerrouj, a posé le cadre. Selon lui, le chantier de l’usage licite du cannabis avance « avec sérénité et responsabilité », en recherchant un équilibre entre impératifs de santé publique et perspectives économiques. Les chiffres avancés traduisent cette dynamique : 109 produits à base de cannabis CBD sont aujourd’hui fabriqués par des industriels pharmaceutiques et des opérateurs autorisés, enregistrés auprès de l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé et commercialisés sur le marché national.
Dans le détail, le marché compte notamment 50 compléments alimentaires et 50 produits cosmétiques intégrant du CBD. Ces références sont distribuées dans plus de 600 points de vente à travers le Royaume. Pour l’ANRAC, cette diffusion progressive illustre la volonté d’installer une filière encadrée, traçable et conforme aux normes sanitaires.
Le colloque, placé sous le thème des applications cliniques et des perspectives thérapeutiques du CBD au Maroc, a également mis en lumière l’évolution du regard scientifique sur les molécules issues du cannabis. Le directeur général du site Casablanca de la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, Khalid Sair, a relevé que le CBD, longtemps associé à des représentations négatives, s’impose désormais comme un objet de recherche structuré à l’échelle internationale. La réflexion ne se limite plus à la plante, mais s’ancre dans l’étude pharmacologique de ses composants.
Les pistes cliniques évoquées couvrent la prise en charge de douleurs chroniques, certaines formes d’épilepsie résistantes, des troubles neurologiques, l’oncologie de support ou encore les soins palliatifs. Les intervenants ont toutefois rappelé que ces usages exigent des preuves cliniques solides, des protocoles rigoureux et une formation adaptée des professionnels de santé. Sans ce socle scientifique, l’essor de la filière resterait fragile.
La dimension éthique a occupé une place centrale dans les échanges. Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, Muhammadin Boubekri, a décrit un « trépied institutionnel » associant légalité, recherche académique et vigilance déontologique. L’ANRAC incarne, selon lui, la souveraineté réglementaire ; l’Université Mohammed VI des Sciences et de la Santé joue un rôle moteur dans la formation et la recherche ; le Conseil de l’Ordre veille au respect des bonnes pratiques et à la protection du médecin comme du patient. Les sociétés savantes sont également appelées à contribuer, avec une ligne directrice claire : fonder chaque avancée sur des données scientifiques vérifiées.
Ce cadre légal ouvre désormais à l’industrie pharmaceutique marocaine la possibilité de produire des médicaments à base de cannabis, principalement autour du CBD et du THC, destinés à des indications thérapeutiques précises et soumis à prescription médicale. Le CBD, dépourvu d’effet psychoactif, trouve aussi sa place dans des compléments alimentaires ou des produits de bien-être, sous réserve de seuils stricts de concentration et d’une absence ou quasi-absence de THC, conformément aux textes en vigueur.
L’initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de réforme de la politique du cannabis au Maroc, avec l’ambition de transformer une culture historiquement informelle en une activité légale, contrôlée et créatrice de valeur. À travers ce modèle, les autorités cherchent à la fois à sécuriser les usages médicaux, à structurer une nouvelle filière industrielle et à positionner le Royaume parmi les pays ayant opté pour un cannabis thérapeutique sous contrôle réglementaire.
À ce stade, le message des institutions reste constant : prudence, science et encadrement. Le développement du cannabis médical au Maroc avance pas à pas, sous surveillance réglementaire et avec l’objectif affiché de répondre à des besoins de santé réels. La réussite du modèle dépendra, à terme, de la capacité à maintenir ce cap entre innovation thérapeutique, sécurité des patients et crédibilité scientifique.

