Une découverte archéologique d’envergure internationale vient replacer le Maroc au cœur des recherches sur les origines de l’humanité. Des restes humains très anciens, mis au jour dans la carrière Thomas I à Casablanca, révèlent l’existence d’un groupe humain ayant vécu il y a environ 700.000 à 773.000 ans. Ces vestiges, parmi les plus anciens jamais découverts en Afrique du Nord, éclairent une phase décisive de l’évolution humaine et confortent le rôle central du continent africain dans cette histoire longue.
L’annonce officielle a été faite mercredi à Rabat, parallèlement à la publication d’une étude scientifique dans le numéro de janvier de Nature. Le travail est le résultat d’une collaboration internationale associant des chercheurs marocains et européens, mobilisés depuis plusieurs années autour de ce site emblématique de la préhistoire africaine.
Les fouilles ont livré un ensemble fossile exceptionnel, comprenant notamment une demi-mandibule d’adulte, une mandibule complète, une partie de mandibule d’enfant, un fémur, des vertèbres ainsi que plusieurs dents isolées. Les analyses stratigraphiques et chronologiques situent ces restes dans une période charnière, correspondant à une étape encore mal documentée de l’évolution des hominines en Afrique. Sur le plan anatomique, ces fossiles présentent une combinaison singulière de traits anciens, proches de ceux d’Homo erectus, et de caractères plus évolués annonçant les formes humaines ultérieures.
Selon Abderrahim Mohib, chercheur à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) et co-responsable de l’étude, cette mosaïque morphologique confère aux vestiges de Casablanca une valeur scientifique majeure. Elle suggère l’existence d’une population humaine africaine encore peu connue, susceptible d’occuper une position clé dans l’arbre évolutif. Les chercheurs estiment que ces fossiles pourraient représenter une forme proche de l’ancêtre commun des grandes lignées humaines, avant la divergence entre la lignée africaine menant à Homo sapiens et les lignées eurasiennes à l’origine des Néandertaliens et des Denisoviens.
L’intérêt de la découverte dépasse ainsi la seule description de nouveaux fossiles. Elle s’inscrit dans un débat fondamental sur les origines profondes de l’humanité et sur les dynamiques de peuplement ancien du continent africain. Les données génétiques situent en effet la séparation des grandes lignées humaines autour de cette période. Les restes humains de Casablanca viennent apporter un appui paléontologique solide à ces hypothèses, en ancrant cette phase décisive dans un territoire précis, au nord-ouest de l’Afrique.
Le projet de recherche a mobilisé une équipe pluridisciplinaire réunissant, outre l’INSAP, le Collège de France, l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste en Allemagne, l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 et l’Université de Milan. Cette coopération scientifique illustre la place croissante du Maroc dans les grands programmes internationaux de recherche en archéologie et en anthropologie.
Présent lors de l’annonce, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a salué un travail de longue haleine et souligné la portée de cette publication dans Nature. Il a rappelé que cette avancée s’inscrit dans une série de découvertes majeures réalisées au Maroc, qui ont profondément renouvelé la compréhension de l’évolution humaine au cours des dernières décennies.
Le ministre a notamment fait le lien avec le site de Jbel Irhoud, où les plus anciens Homo sapiens connus à ce jour ont été découverts. Après Irhoud, Casablanca repousse encore davantage les frontières temporelles, en documentant une période bien antérieure à l’émergence de l’Homme moderne. Ensemble, ces sites dessinent une continuité archéologique rare, faisant du Maroc un territoire de référence pour l’étude des origines humaines.
À la lumière de ces travaux, l’Afrique du Nord apparaît non plus comme une zone périphérique, mais comme un espace central dans les premières étapes de l’histoire humaine. Les vestiges de Casablanca confirment que le Maroc occupe une place stratégique sur la carte mondiale de la recherche archéologique, en apportant des réponses concrètes à des questions longtemps restées ouvertes sur l’émergence et la diversification des premières populations humaines.

