La confrontation autour du détroit d’Ormuz prend une nouvelle dimension stratégique. Malgré la mise en place d’un dispositif naval américain visant à restreindre le trafic maritime lié aux ports iraniens, la Chine a franchi un cap en laissant passer un pétrolier sanctionné par Washington, illustrant un bras de fer direct sur l’une des artères énergétiques les plus sensibles du monde.
Le pétrolier Rich Starry, battant pavillon malawien et exploité par la compagnie chinoise Shanghai Xuanrun Shipping Co Ltd, a traversé le détroit ce mardi 14 avril. Sanctionné par les États-Unis depuis 2023 pour ses échanges avec l’Iran, le navire serait le premier à avoir quitté le Golfe après l’entrée en vigueur du blocus américain. Il transportait environ 250 000 barils de méthanol, chargés au port émirati de Hamriyah, avant de s’engager dans le passage stratégique.
Dans le même temps, un second bâtiment ciblé par les sanctions américaines, le pétrolier Murlikishan, a également pénétré dans le détroit au cours de la même journée, selon les mêmes sources de suivi maritime.
Cette circulation contestée intervient dans le sillage immédiat de l’instauration d’un blocus maritime décrété par les États-Unis. Le Commandement central américain (CENTCOM) a activé le dispositif à 10h00, heure de Washington, sur ordre présidentiel, en ciblant l’ensemble des flux à destination ou en provenance des ports iraniens. L’objectif affiché : contrôler le trafic dans les zones maritimes du Golfe et de la mer d’Oman, tout en maintenant théoriquement la liberté de navigation vers des ports non iraniens.
Sur le plan diplomatique, Pékin a rapidement durci le ton. Le ministre chinois de la Défense, l’amiral Dong Jun, a averti Washington de toute ingérence dans les échanges énergétiques sino-iraniens. « Nos navires entrent et sortent des eaux du détroit d’Ormuz. Nous avons des accords commerciaux et énergétiques avec l’Iran. Nous les respecterons », a-t-il déclaré, tout en affirmant que le détroit demeure ouvert à la navigation internationale.
Dans cette logique, la Chine s’appuie sur une réalité structurelle : sa forte dépendance énergétique vis-à-vis de la région. Pékin est aujourd’hui le premier importateur mondial de pétrole iranien. Selon des données relayées par des experts du secteur énergétique, près de 40 % des importations chinoises de pétrole brut et environ 30 % de ses approvisionnements en gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz. Une fermeture prolongée du passage exposerait ainsi l’économie chinoise à des perturbations industrielles majeures dès les prochains mois.
La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a par ailleurs rejeté les déclarations de Donald Trump affirmant que la Chine serait incapable de maintenir l’accès au détroit, les qualifiant de « non fondées ».

