Le round d’avril du dialogue social central a remis sur la table plusieurs dossiers sensibles, entre bilan social, engagements budgétaires et chantiers encore ouverts. Réuni à Rabat avec les centrales syndicales les plus représentatives, la CGEM et la Comader, le gouvernement a défendu un cycle de mesures présenté comme l’un des plus coûteux engagés ces dernières années en matière sociale.
Au cœur de cette séquence, l’exécutif met en avant le relèvement général des revenus. Dans la fonction publique, l’augmentation générale de 1.000 dirhams nets mensuels, déployée en deux tranches, constitue l’une des mesures phares. À cela s’ajoutent des mesures sectorielles dans l’éducation, la santé et l’enseignement supérieur, portant le coût annuel global des dispositifs liés au secteur public à 48,3 milliards de dirhams en 2026, avec une projection à 49,7 milliards en 2027.
Le gouvernement souligne, dans ce cadre, que le salaire moyen net dans le public serait passé de 8.237 dirhams en 2021 à 10.600 dirhams en 2025, tandis que le salaire minimum mensuel net dans ce secteur a été relevé de 3.258 à 4.500 dirhams. Des chiffres que l’exécutif mobilise pour illustrer l’effet cumulé des accords successifs.
SMIG, SMAG : le privé aussi concerné
Le secteur privé n’est pas absent de cette séquence. Le SMIG dans les activités non agricoles a progressé de 20%, atteignant 3.422,72 dirhams nets mensuels, tandis que le SMAG a été revalorisé de 25%, à 2.533,44 dirhams. Une évolution présentée comme un volet central du compromis social en cours.
Autre dossier mis en avant : la révision de l’impôt sur le revenu, avec un coût annoncé de 7,6 milliards de dirhams, censée améliorer le revenu disponible des salariés du public et du privé. Mais le gouvernement laisse entendre que le sujet n’est pas clos, les discussions devant se poursuivre avec les partenaires sociaux.
Retraites, gardiennage, statuts : les dossiers qui restent ouverts
Au-delà du bilan, cette session a aussi remis en lumière plusieurs fronts encore ouverts. C’est le cas de la réforme des retraites, relancée à travers les travaux de la commission nationale dédiée, mais aussi de la situation des petites pensions, explicitement remise dans le débat.
Le gouvernement a également annoncé un amendement du Code du travail concernant les agents de gardiennage, avec une réduction prévue du temps de travail quotidien de 12 heures à 8 heures, à partir de 2027. Une mesure attendue de longue date dans un secteur souvent critiqué pour ses conditions de travail.
Parallèlement, l’exécutif promet d’accélérer les discussions sur les statuts particuliers de plusieurs corps, notamment les ingénieurs, administrateurs et techniciens, dossiers récurrents du dialogue social.
Un dialogue social sous pression budgétaire
Derrière les annonces, une réalité demeure : le dialogue social se joue désormais autant sur le terrain des engagements sociaux que sur celui de leur soutenabilité budgétaire. C’est tout l’enjeu de cette séquence. Car si le gouvernement met en avant des montants inédits, les partenaires sociaux, eux, attendent la traduction effective des engagements restants.
À l’approche du 1er mai, ce round d’avril ressemble ainsi autant à un exercice de bilan qu’à une tentative de verrouiller politiquement les dossiers sociaux encore sensibles avant la fin du mandat.



