L’Espagne connaît une transformation silencieuse mais profonde de son marché du travail.
Selon une étude conjointe du Conseil économique et social (CES) et de l’Institut royal Elcano, près de quatre emplois sur cinq créés depuis janvier 2024 ont été attribués à des personnes nées à l’étranger. Un chiffre qui illustre le rôle désormais central de l’immigration dans la dynamique économique du pays.
Au 1er janvier 2026, l’Espagne recensait plus de 10 millions de résidents nés hors de ses frontières, d’après les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique (INE). Cette évolution confirme l’ancrage structurel de l’immigration dans la composition de la population active espagnole.
Le rapport met en lumière un contraste démographique saisissant. Depuis 2018, la population étrangère a progressé de près de 1,93 million de personnes, tandis que la population née en Espagne a reculé de 55 600 individus sur la même période. Ce déclin s’explique principalement par une natalité insuffisante pour compenser le solde naturel négatif, accentuant la dépendance du marché du travail à l’apport migratoire.
Dans plusieurs secteurs stratégiques, la présence des travailleurs étrangers est devenue déterminante. Ils représentent 71 % des effectifs dans le service domestique, un domaine largement occupé par des femmes originaires d’Amérique latine. Leur poids est également significatif dans l’hôtellerie, où ils constituent 45 % de la main-d’œuvre, dans la construction (32 %) et dans l’agriculture (31 %).
Le secteur industriel n’échappe pas à cette tendance. Les travailleurs immigrés sont particulièrement présents dans l’agroalimentaire, notamment dans les activités liées à la transformation de la viande, aux produits de boulangerie, aux conserveries et à l’industrie laitière.
Sur le plan géographique, les ressortissants d’Amérique latine forment le principal groupe de travailleurs étrangers, représentant 47 % des actifs nés à l’étranger. Ils devancent les citoyens issus de l’Union européenne (19 %) et ceux originaires du continent africain (17 %).
Au-delà des chiffres, le constat est clair : l’immigration s’impose comme un levier essentiel du renouvellement démographique et du maintien de l’activité économique en Espagne. Dans un contexte de vieillissement accéléré de la population, elle apparaît non seulement comme un facteur d’équilibre social, mais aussi comme un pilier du dynamisme du marché du travail.

