Le Festival International du Film de Marrakech a refermé ses portes sur un souffle de poésie et une salle debout : PROMIS LE CIEL, réalisé par Erige Sehiri, s’est imposé comme la grande révélation de cette 22ᵉ édition en décrochant l’Étoile d’Or. Un choix assumé par un jury qui affirme son goût pour un cinéma qui observe le réel sans artifices, avec une sensibilité qui bouscule et interroge.
Pendant neuf jours, le Palais des Congrès a été le centre d’un mouvement collectif où le public, les cinéastes et les professionnels ont partagé des histoires, des regards et des doutes. Le palmarès dévoilé ce soir reflète cette liberté créative. Le Prix du Jury revient ex æquo à MY FATHER AND QADDAFI de Jihan K et MEMORY de Vladlena Sandu, deux récits où l’intime se heurte au poids de l’Histoire. Oscar Hudson repart avec le Prix de la Mise en scène pour STRAIGHT CIRCLE, film qui séduit par son écriture visuelle et sa maîtrise du cadre.
Côté interprétation, la finesse de jeu de Debora Lobe Naney dans PROMIS LE CIEL est saluée. Ṣọpẹ́ Dìrísù est distingué pour son rôle dans MY FATHER’S SHADOW, réalisé par Akinola Davies Jr. Le jury ajoute une mention spéciale aux frères Elliot et Luke Tittensor, duo dont la présence à l’écran a marqué STRAIGHT CIRCLE.
Cette édition portait la signature d’un jury présidé par Bong Joon Ho, entouré de voix singulières issues d’horizons créatifs variés : Karim Aïnouz, Hakim Belabbes, Julia Ducournau, Payman Maadi, Jenna Ortega, Celine Song et Anya Taylor-Joy. Une composition qui incarne la promesse d’un festival tourné vers toutes les cinématographies du monde.
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Au-delà de la compétition, Marrakech a célébré des trajectoires qui ont façonné le cinéma contemporain. Jodie Foster, honorée pour l’ensemble de son œuvre, a rappelé avec émotion ce qui l’anime depuis ses débuts : raconter le fragile, traduire nos failles et créer un espace commun dans l’obscurité d’une salle. Elle a aussi souligné le rôle unique du Maroc, pays d’accueil où le cinéma devient un lien direct avec le public.
L’acteur égyptien Hussein Fahmi a lui aussi reçu un hommage touchant, revenant sur ses premiers pas à Marrakech dans les années 70. Moment rare pour le public marocain, l’hommage rendu à Raouya, figure essentielle du cinéma national, a réuni de nombreux artistes. Très émue, elle a dédié cette reconnaissance à celles et ceux pour qui elle joue depuis toujours : les spectateurs.
Invité fidèle du Festival, Guillermo del Toro s’est vu remettre une Étoile d’Or, saluant Marrakech comme un refuge créatif, un point de rencontre entre générations et cultures cinématographiques.
Comme chaque année, le Festival a ouvert ses portes au public dans une dynamique accessible et généreuse : 47 000 spectateurs ont assisté aux projections, dont 7 000 jeunes dans le cadre du programme Jeune Public et Famille. Les Conversations ont prolongé cet esprit de transmission, réunissant Bong Joon Ho, Guillermo del Toro, Jodie Foster, Bill Kramer, Jafar Panahi, Tahar Rahim ou encore Yousra, dans des échanges sans filtres sur l’art de faire des films.
La dimension africaine et régionale du Festival s’est traduite à travers Les Ateliers de l’Atlas, véritable laboratoire pour les cinémas du continent. 28 projets y ont été accompagnés cette année, mobilisant 350 professionnels, dans une approche qui place la création au centre : mentorat, incubateur, rencontres avec des producteurs internationaux.
Sous la Présidence Effective de SAR le Prince Moulay Rachid, l’événement a aussi porté une action solidaire concrète en faveur des populations d’Al Haouz. Une campagne médicale menée à Tahannaout du 1ᵉʳ au 5 décembre a permis 3 000 consultations et 400 opérations de la cataracte, prolongeant l’engagement social du Festival dans le sillage des éditions précédentes.
Cette édition s’achève avec l’impression que quelque chose s’est joué, dans les images comme dans les conversations. Des cinéastes ont fait entendre leur voix, des publics ont découvert de nouveaux récits et Marrakech a rappelé ce que ce Festival incarne depuis plus de vingt ans : un espace où le cinéma circule, questionne et rassemble.
Au centre de cette expérience, l’essentiel demeure : la rencontre entre celles et ceux qui filment et celles et ceux qui regardent.


