Des chercheurs affirment avoir identifié des fragments d’ADN potentiellement liés à Léonard de Vinci sur un dessin attribué au maître italien. Prélevées par simple frottement sur un croquis de la Renaissance réalisé à la craie rouge, ces traces génétiques correspondent à une lignée masculine également retrouvée sur une lettre du XVe siècle rédigée par un parent éloigné de l’artiste. La découverte, publiée en prépublication scientifique, ouvre une piste inédite pour la connaissance et l’authentification de l’œuvre du génie florentin, sans pour autant lever toutes les incertitudes.
Les analyses ont porté sur un dessin connu sous le titre L’Enfant saint, dont l’attribution à Léonard de Vinci reste discutée. En laboratoire, les scientifiques ont isolé, parmi des milliers de fragments microbiens, de courts segments d’ADN humain anciens, fortement dégradés, suggérant une origine remontant à plusieurs siècles. Ces séquences comprennent des marqueurs du chromosome Y, comparables à ceux mis en évidence sur une lettre signée par Frosino di ser Giovanni da Vinci, cousin du grand-père du peintre. Les deux profils génétiques renverraient à une même lignée paternelle originaire de Vinci, en Toscane, berceau familial du maître de la Renaissance.
Les résultats ont été rendus publics sur la plateforme bioRxiv, un espace de diffusion préalable à l’évaluation par les pairs. Cette étape, incontournable dans le monde scientifique, doit permettre à d’autres spécialistes de vérifier la méthodologie et la solidité des conclusions. Pour Charlie Lee, généticien au Jackson Laboratory for Genomic Medicine, aux États-Unis, il s’agit d’un point de départ crédible pour tenter, à terme, une reconstitution partielle du génome de Léonard de Vinci.
La prudence reste toutefois de mise. Le dessin analysé a pu être manipulé, copié ou même réalisé par un élève de l’atelier du maître, ce qui brouillerait toute attribution génétique. Conservateurs, collectionneurs ou restaurateurs ont également pu laisser des traces biologiques au fil des siècles. En l’état, établir un lien direct et exclusif entre l’ADN retrouvé et Léonard de Vinci relève encore de l’hypothèse. Plusieurs experts rappellent que, sans recoupements sur d’autres œuvres authentifiées, la démonstration demeure fragile.
L’enjeu dépasse cependant la seule curiosité scientifique. Reconstituer le patrimoine génétique du peintre pourrait offrir de nouveaux outils d’authentification des œuvres, à l’heure où le marché de l’art est confronté aux copies et aux attributions contestées. Les biologistes y voient aussi un moyen d’explorer certaines caractéristiques du génie italien, de ses capacités intellectuelles hors norme à sa longévité remarquable pour l’époque. Ces perspectives ont été largement relayées dans les colonnes de Live Science.
La recherche se heurte néanmoins à de sérieux obstacles matériels. Léonard de Vinci n’ayant pas eu d’enfant connu, les sources directes d’ADN sont quasi inexistantes. Sa tombe, endommagée lors de la Révolution française, aurait vu ses restes déplacés et mélangés lors d’un transfert vers la chapelle Saint-Hubert, à Amboise. La sépulture de sa mère, Caterina di Meo Lippi, demeure inconnue, et l’accès à la tombe de son père, à Florence, a été refusé aux scientifiques.
Face à ces impasses, les chercheurs explorent d’autres pistes. Des ossements attribués à des membres de la famille élargie, exhumés dans un caveau italien, sont en cours d’analyse. Des prélèvements sont également réalisés auprès de descendants vivants de la lignée paternelle. S’y ajoute l’étude d’une mèche de cheveux découverte au XIXe siècle à Amboise et traditionnellement associée au peintre, dont l’authenticité reste à démontrer. Parallèlement, chaque lettre, chaque dessin ancien susceptible d’avoir été manipulé par Léonard de Vinci devient une source potentielle de comparaison génétique.
Pour S. Blair Hedges, biologiste à l’université Temple en Pennsylvanie, l’étude constitue un travail solide, fondé sur des techniques de pointe. Dans Science, plusieurs chercheurs soulignent que cette approche marque l’émergence de l’« arteomics », un champ à la frontière de la génétique et de l’histoire de l’art. À terme, l’œil de l’expert pourrait être complété par l’analyse moléculaire pour authentifier et protéger les œuvres majeures du patrimoine mondial.
Cinq siècles après sa mort, Léonard de Vinci continue ainsi de livrer ses secrets, non plus seulement à travers ses carnets et ses tableaux, mais peut-être aussi à travers les traces biologiques laissées sur le papier. Reste à savoir si la science parviendra, en multipliant les preuves, à transformer cette piste prometteuse en certitude historique.

