À Marrakech, en marge du salon GITEX Africa Morocco 2026, la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a acté le lancement du cadastre minier numérique du Maroc. Derrière cette annonce, une réforme attendue du secteur, appelée à simplifier les démarches, raccourcir les délais et rendre plus lisible l’accès aux ressources minières du Royaume.
Pensée comme une plateforme centrale, cette solution numérique regroupe en un seul espace les données géologiques, les informations administratives et le cadre réglementaire. Les opérateurs pourront y déposer leurs demandes, suivre leurs dossiers et consulter l’état des titres miniers sans passer par les circuits traditionnels. L’objectif est clair : fluidifier un système longtemps ralenti par les procédures papier et des délais parfois dissuasifs.
Le secteur minier, qui représente une part significative de l’économie nationale, n’échappait pas à ces lourdeurs. Entre archives dispersées, chevauchements de périmètres et lenteur dans l’instruction des dossiers, les contraintes administratives pesaient sur l’investissement. La nouvelle plateforme entend corriger ces failles en automatisant plusieurs étapes, notamment le contrôle spatial des permis, afin d’éviter les conflits d’usage et sécuriser les décisions.
Au cœur du dispositif, la superposition des données constitue un changement notable. Les investisseurs disposent désormais d’une lecture immédiate du potentiel minier, enrichie par des informations cartographiques et énergétiques. Cette visibilité accrue doit faciliter la prise de décision et renforcer l’attractivité du Maroc dans un contexte de concurrence internationale accrue sur les ressources naturelles.
Le projet s’inscrit dans un chantier engagé depuis plusieurs années. Dès 2024, les autorités avaient amorcé une réflexion sur la modernisation du cadre minier, avec l’ambition de digitaliser l’ensemble des procédures. Une quarantaine de démarches sont désormais concernées, depuis la demande de permis jusqu’au suivi des exploitations. En parallèle, le cadre législatif a été ajusté pour accompagner cette transition et sécuriser les investissements.
Sur le plan technique, la plateforme repose sur un système intégré développé avec l’appui d’entreprises marocaines spécialisées. Elle intègre des fonctionnalités avancées, comme la signature électronique, le paiement en ligne ou encore la production de tableaux de bord destinés au pilotage du secteur. L’intelligence artificielle est également mobilisée pour analyser la conformité des dossiers et accélérer leur traitement.
Au-delà de la dimension administrative, le cadastre minier numérique s’inscrit dans une vision plus large. Les autorités entendent renforcer la transparence dans la gestion des ressources, tout en intégrant des exigences environnementales et sociales. Chaque projet minier est appelé à répondre à des standards plus stricts, en lien avec les engagements du Maroc en matière de développement durable.
Cette orientation rejoint une dynamique continentale. Plusieurs pays africains ont déjà engagé la digitalisation de leur cadastre minier, dans une logique de traçabilité et de meilleure gouvernance. Le Maroc ambitionne de se positionner dans cette évolution, en consolidant son rôle dans les chaînes de valeur liées aux minerais stratégiques.
Reste désormais l’épreuve du terrain. L’efficacité réelle de la plateforme dépendra de son adoption par les opérateurs, de la réduction tangible des délais et de sa capacité à attirer de nouveaux investissements. Pour les autorités, l’enjeu dépasse la simple modernisation administrative : il s’agit de renforcer un pilier économique tout en ancrant le pays dans une économie plus transparente et compétitive.

